lundi 16 septembre 2013

En terre kurde...

Ce matin, je me suis levée avec l'intention de payer un chauffeur de taxi pour la journée et ainsi visiter les sites chrétiens qui tourbillonnent autour de Midyat.
Midyat est une ville peuplée de musulmans kurdes, de Syriens... et de Syriaques (Süriyaniler, en turc). Les Syriaques sont un peuple immensément vieux dont la langue, le syriaque, est encore vivante. Il s'agit de la langue la plus ressemblante à l'araméen, la langue du Christ. C'est la langue qui a servi de modèle à Mel Gibson pour son film sur Jésus. Les Syriaques sont orthodoxes. Ils ont donc des églises et des monastères, qui datent de presque deux mille ans. La région de Midyat est truffée de ces trésors, mais ils sont souvent inaccessibles et même fermés au public. On doit avoir l'autorisation de visiter par les habitants des lieux.

Je voulais voir ces monastères. Ce n'est pas tant qu'ils sont si beaux, mais ils sont anciens et plantés dans un décor fabuleux et presque irréel. Pourquoi suis-je à Midyat? Pour cela, entre autre.

Donc je me présente à la réception et explique à la fille que je veux qu'elle me trouve un transport et qu'elle s'entende avec lui d'avance sur le prix et les modalités. Mais le boss de l'hôtel me propose donc Yusuf, un de ses employés.  Et lui prête son char lol. Quand même. Le prix est plus élevé, mais le service sera au rendez-vous. Et j'ai confiance en l'hôtel. Je préfère partir à l'aventure avec quelqu'un qui m'es suggéré qu'avec un chauffeur de taxi inconnu. Donc je l'engage pour une journée avec une option d'une deuxième journée. 
Yusuf est super. Il est Kurde, évidemment. Et ne parle pas un traitre mot d'anglais, évidemment. Et il conduit vite comme tous les Turcs, évidemment. 100 dans une zone de 50, pas de trouble. Le dolmus, hier, conduisait à 140 dans une zone de 100. Ça, j'aimais pas trop.
J'ai passé une très belle journée. J'ai visité les fameux monastères, mais en prime, j'ai pratiqué mon turc avec Yusuf et nous sommes allés dans des villages isolés. Chaque monastère nous disait: "Allez à cet endroit, il y en a un autre". Parfois, on arrivait sur un monastère délabré, mais magnifique. Yusuf lui-même n'avait jamais mis les pieds là. Les Popes, ou les Syriaques en charge de garder l'endroit nous laissaient toujours visiter gratuitement. On pouvait monter sur le toit et se griser du panorama. C'est bizarre. On dirait le Péloponnèse et l'Égypte en même temps. Tout est sec car la saison des pluies est l'hiver.
Yusuf me parle de tout et de rien. Je le suis du mieux que je peux en turc. Il me dit que merci en kurde se dit "spas", un peu comme "spasiba" en russe. Il me raconte qu'il aime les contrées séparatistes comme la Catalogue et le Québec (oui oui, il nous connait). Il me parle du Che Guevarra car il a lu sur Cuba. Il me compte sa vie, qu'ils sont six enfants, qu'il a connu l'armée et la guerilla quand il était enfant. Un vrai Kurde, comme je me les imaginais. Il me demande ce que je sais du PKK... Selon moi, c'est de la politique ou du terrorisme? Bof... Je lui dis que je n'en sais rien. Après tout, ils sont des millions de Kurdes et moi je n'ai que des opinions à ce propos. Mais je souris car la question ne me surprend pas. Beaucoup d'entre eux se demandent ce que l'on pense d'eux et de leurs choix.
On est tous comme cela. Voilà tout.
Je n'ai pas pris de petit déj. Pas le temps. Nous sommes partis vers 9h00 et je me suis levée en retard. Vous connaissez peut-être le "5 minutes de plus" du snooze matinal... Yusuf m'a acheté du jus de cerise (oui, très commun en Turquie et délicieux) et de l'eau, et sur la route, il s'est arrêté à côté d'un champ. Il m'a ramené une grappe de raisin prise sur l'arbre et l'a lavée avec son eau embouteillée. De beaux petits raisins bien sucrés, déposés sur le dash de la Fiat, juste pour moi. lol Non mais, si c'est pas génial, ça. Dans le champ, je vois des carrés de tissus blancs recouverts de quelque chose. Il me dit que ce sont des raisins. On s'approche... Des raisins qui sèchent au soleil. Des raisins secs en devenir. C'est comme cela qu'ils les font! Un peu comme notre morue séchée et salée. Le procédé de séchage est assez similaire. Je trouve l'endroit assez mémorable pour croquer quelques clichés.
Par la suite, on passe à côté d'un immense complexe gardé. Il m'explique que c'est un camp de réfugiés syriens. Impressionnant.. Quarante mille réfugiés y vivent. La Syrie est tout près, que voulez-vous. Je suis un peu stupéfaite, et curieuse. Je n'ai jamais vue de camp de réfugiés avant. J'observe de loin, car évidemment, on ne peut y accéder. Quand je pense qu'il y a la guerre si près, et qu'ici c'est si tranquille.
Yusuf me raconte que son vrai nom est Ucef. Alors pourquoi Yusuf? "Parce qu'en Turquie, il est interdit aux Kurdes d'avoir un nom kurde." Ucef est devenu Yusuf sur ses papiers de naissance. C'est comme cela. L'assimilation commence par le vol du nom. Ensuite, l'interdiction d'apprendre ou de parler la langue kurde à l'école. Etc.
Le mot Kurdistan est aussi prohibé. Les Turcs refusent qu'on emploie le mot "Kurdistan". On doit plutôt dire "région kurde" ou "province kurde". Cependant, dès mon atterrissage à Diyarbakir, je n'ai entendu que ce mot: Kurdistan. Les gens d'ici le disent haut et fort. "Tu visites le Kurdistan?" "Bienvenue au Kurdistan" "Nous, au Kurdistan", "notre Kurdistan", blablabla. Je crois que les Kurdes n'ont pas peur des mots. Ni des frontières.
Yusuf de me dire: "Si tu avais eu une journée de plus, on aurait pu aller faire un petit tour en Irak". Et moi de répondre en riant: "Le visa est difficile à avoir, et l'Irak, c'est pas un peu dangeureux?"... Lui de dire: "C'est le Kurdistan, c'est pas pareil. C'est chez moi."
Mais non, je n'irai pas en Irak, même si j'en aurais eu follement envie dans d'autres circonstances. Pas par goût du risque, croyez-moi. Mais par curiosité. Je me demande ce que ça veut dire que ce mot "Kurdistan". J'aurais bien aimé le connaître au delà des frontières, bien à leur manière. Mais ce ne sera pas pour cette année. Les conditions ne sont pas propices, et je n'oserais pas traverser ces frontières seule.

Je me suis nourrie de beaux paysages, aujourd'hui. Il y a tant à voir. Aussi, peu de touristes, et pratiquement aucun touriste étranger sauf moi. Ce n'est pas la saison, qu'on me dit. Il fait effectivement très chaud et sec. Entre 14h et 17h, on reste sous l'air climatisé. Je me suis couchée quelques heures.

Midyat... C'est petit, c'est unique, il y a des femmes en noir (celles d'origine syrienne ou iranienne). La plupart sont cependant kurdes, donc pas en noir, mais très colorées, avec des pantalons bouffants et des fichus pour retenir la chevelure. Leur peau est mordue par la soleil et ces femmes sont déjà vieille à trente ans. Il y a des coqs et des poules dans la rue, des carrioles mêlées aux voitures, les femmes font sécher des piments sur des petites cordes sur les toits. Les enfants trainent dans les rues, comme ailleurs dans le monde. Certains fument la cigarette en cachette. J'en ai vu!

Il me reste une journée ici (demain). Ensuite, je pars pour le joyau qu'est Hasankeyf. Je vous invite à lire sur Hasankeyf sur internet, car c'est un endroit unique et spécial. Pour moi, y être, ce sera spécial.

Je vous laisse sur ces quelques photos, assez rustiques, mais qui vous plairont sûrement.

Bonne nuit!

 Monastère Mor Gabriel

 Les superbes clochers du monastère

 raisins secs en devenir

 Yusuf et ma grappe lol

 Portes d'entrée d'un monastère syriaque

 Salle de prière des moines orthodoxes

 Vue majestueuse sur la vallée

 Nous sommes carrément seuls

 Un monastère et un olivier :)

 Monastère en ruine dans un petit village syriaque

 Vue depuis un des toits

 J'ai l'impression d'être au Moyen-Âge

 Petite chapelle syriaque

 Vieil homme syriaque en prière

 Le terrain est accidenté

 Et très changeant

 La preuve que je suis là lol (avec mon gilet fleuri à chier à 2 piastres acheté au marché car je ne voulais pas faire ma lessive hihihihi. Mettons que ça flashe)

 À couper le souffle

 Le parfait café turc 

 Mon palace hihihhi
 Balade à pieds à Midyat.

 Vue sur les maisons ancestrales. Superbe.

 Les minarets de la Midyat moderne

 Quand même! :)

 Marchand de laine... Oui Mélanie, cette photo est pour toi!

 L'heure du thé 

 Mon petit déjeuner sur le dash... et une charrette lol

 Pittoresque monastère

 Les plus vieilles demeures de Midyat

 Au retour du marché 

Balade en famille lol
 
 Au loin en blanc: le camp de réfugiés syriens

Le temps des potins :)

dimanche 15 septembre 2013

À moi de moi

J'ai décidé de m'offrir une semaine "à moi de moi".
Dans le fond, je veux passer un peu de temps seule avec moi-même et ne faire que ce qui me plait. Je me paie l'Est Turc, c'est à dire la partie Kurde.
Les Turcs n'aiment pas qu'on dise le mot "Kurdistan", car pour eux, ça sonne comme un nom de pays, et ils sont contre la séparation des Kurdes, évidemment... Mais depuis cet après-midi, tout le monde ici ne dit que le mot Kurdistan. Je suis en terrain épineux. Je vais continuer de dire Turquie, pour ne froisser personne.

Être seule pendant une semaine, c'est un peu l'inconnu et une zone de confort en même temps. Je suis au bout du monde, depuis 15h cet après-midi. Sans équivoque. Parfois on doit aller au bout du monde pour avoir un tête à tête avec soi-même.

Bon. Ça faisait trois jours de suite, hier, que je m'écrasais dans un café à fumer un nargilé à la menthe et au citron. Ouais. Je sais faire des nuages, maintenant. J'ai obtenu mon diplôme de nargilé hier soir. J'ai aussi appris à jouer au backgammon. Au plus simple des jeux, là. Le 31. Mais j'ai compris. Rien de mieux que de se trouver un ami ou une amie de cafés pour apprendre le backgammon. Avec un bon nargilé pour rendre le tout plus moyen-oriental. lol
Quand j'ai quitté ma chambre d'hôtel, ce matin, j'avais le coeur gros et une boule de stress dans le ventre. Ingrid était partie la veille, et j'avais l'impression de perdre tous mes repères. C'est que je voyage maintenant dans une zone nouvelle de la Turquie, et dans L'Est, ça ne parle pas Anglais. Ouais, vous me direz que j'ai survécu au test "Emel", etc. Mais justement, Emel étant là, si je ne sai pas m'exprimer, elle le faisait pour moi. Là, je suis toute seule avec mon Turc bizarre et mon accent de la mort qui tue. Et qui plus est, je vais essayer de voyager en transport local. pour sauver des sous quand je peux, du moins entre les villes.
J'ai pris l'avion d'Istanbul vers Diyarbakir vers 13h00. C'était la première fois que je volais depuis l'aéroport asiatique Sabiha Gökçen. Il s'appelle comme cela en l'honneur de la première femme pilote de la Turquie. Je trouve ça très bien comme marque de respect. L'aviation reste encore aujourd'hui un métier d'homme partout dans le monde, malheureusement. Il y a très peu de femmes pilotes.
J'avais un peu peur de ne pas me faire comprendre à la sortie de l'aéroport, surtout que moi-même, je ne savais pas trop vers où m'enligner. J'ai trouvé un jeune chauffeur de taxi qui n'avait pas peur de mon turc extra-terrestre et je lui ai dit un truc qui ressemblait à "Je veux aller à Midyat, mais peut-être en bus peut-être en dolmus. N'importe quoi. Et mon turc est faible, soit dit en passant". Il a souri et il m'a dit: "Garaj, garaj, pas de problème". Dans le fond, il m'a pris en charge. Il m'a mené directement au dolmus, qui partait 10 minutes plus tard rempli de 18 passagers, et il a expliqué au chauffeur le tralala que je suis étrangère, que je vais à Midyat, le prix du billet, etc. Et j'ai aussitôt pris la route.
Et quelle route!
Déjà, Diyarbakir est une ville magnifique. Je n'aurai pas le temps de la visiter cette année, mais je l'ai au moins traversée un peu. Déjà, à l'atrerissage de l'avion, on avait l'impression qu'une grosse ville de deux millions d'habitants était perchée en plein désert lunaire. C'était hallucinant. Pas d'eau à l'horizon.
Vu du sol, ça devient plus intéressant. En fait, des vallées succèdent aux collines. Elles ressemblent à celles du Péloponnèse en Grèce, avec les arbres éparpillés sur la terre sèche de leurs flancs. Je suis surprise de voir du vert, depuis le sol. Des légumes, des fruits, ça pousse, ça pousse. Les agriculteurs mettent le feu aux champs pour les engraisser. Des ânes se promènent dans les villages, entre les voitures. Des ânes sans maîtres... Comme des amis qui sortent se balader, sans papa et maman. :) Puis, les moutons commencent à se montrer. Des gros maudits moutons, là. De loin, je pensais que c'était de grosses bottes de foin... Vous savez, ces bottes de foin géantes, là... Mais non! Des gros moutons bien gras qui seront tous sacrifiés pour la fête du Mouton dans environ un mois. hihihi Ça va nourrir des gens, ces bestioles-là. J'ai rien contre la fête du mouton, moi. La viande est donnée aux pauvres, et il n'y a aucune bête de tuée gratuitement.
Dans le dolmus, une femme kurde me parle dans une drôle de langue. On tente de me traduire en turc qu'elle me trouve "sweet". Elle n'a jamais vu d'étrangers avant, du moins pas d'aussi près. Elle me donne de l'eau car il fait chaud pour une tite Québécoise... J'ai les pommettes rouge, mettons.
Puis, les gens commencent à se faire débarquer un peu partout... Et là, je me rends compte que je ne sais pas où demander mon arrêt. Un dolmus, ça arrête là où tu demandes. Alors je dis à un monsieur sympathique: "Svp, m'arrêter là où il y a des taxis". Le monsieur me dit: "Tu descendras avec moi au centre-ville et je te trouve un taxi". Ouais, ça me convient. Au centre-ville, il y a plein de gens. S'il me saute dessus pour m'agresser, on va me défendre lol. Alors je suis le monsieur vers le stand à taxi. Entre temps, il me racontre qu'il a fait une tournée au Canada car il est un musicien traditionnel kurde. Il a fait Vancouver, Toronto, et London Ontario (hum...) Il m'écrit son numéro de téléphone en me disant que si jamais je suis mal prise, de l'appeler sans gêne. Puis me trouve mon taxi, lui explique "mon cas", me fixe un prix et s'assure que le chauffeur sache où est mon hôtel.
Ça coule, les amis, ça coûle comme de l'eau. Je me demande déjà comment j'ai fait pour me rendre là, mais je l'ai fait. L'Hôtel... OMG! J'ai booké sur booking.com à un prix intéressant (65 euros la nuit avec petit déjeuner). Oui, c'est cher, mais j'suis en terre kurde et une femme seule. J'ai besoin d'un certain standard pour assurer ma sécurité. Mais quel hôtel! 65 Euros, peut-être... mais ça en vaudrait 250 facile chez nous! C'est un vrai palace, juché sur la colline avec une vue à en perdre son dentier, Il y a un restaurant sur le toit, et je pensais ne pas m,en sortir en bas de 40$ pour mon souper, parce que c'est chic comme endroit, après tout... mais ça m'a couté un gros 12 piastres, finalement, pour une bouffe absolument délicieuse.
Je n'ai vu aucun étranger à l'hôtel. Il semblerait que c'est un endroit de tourisme de luxe pour turcs. Personne ne semble parler Anglais ici. hihihihi. Tout à l'image de la Turquie, qui n'est pas avancé côté langues secondes.
Mais je m'en fous! Demain, je vais booker un taxi pour la journée et je vais me taper tous les monastères syriaques du coin. Trop cool ! J'ai décidé de laisser tomber Mardin. Mon programme est trop serré pour le temps qu'il me reste en Turquie. Et comme j'ai déjà passé Mardin, je pense que je vais me contenter de rester dans le coin de Midyat, avant de partir pour Hasankeyf.
BTW je suis à 11 km de la Syrie en guerre, et presque en Irak! Ici, c'est si calme. Difficile de croire que si près il y a la guerre.
La ville de nuit est si belle. J'ai hâte de la découvrir en plein jour. J'ai voulu faire un petit tour de nuit mais une gitane m'a dit de ne pas partir seule de nuit. Alors je l'ai écoutée. Je ne suis pas à Istanbul, ici. Je suis loin et seule. Prudence, prudence, prudence. Si la gitane le dit, c'est que c'est vrai, car les gitans,ça ne donne pas de conseils, habituellement.

Je posterai des photos demain, très certainement.

Bonne nuit.

vendredi 6 septembre 2013

Safranbolu, des gens, un nargilé... La belle vie de vacances!

Oui, je sais, je sais...
Je ne donne pas tant de nouvelles que cela.
Mais le temps passe trop vite et j'essais d'en profiter au maximum. Dans deux jours déjà, je pars pour Istanbul rencontrer mon amie et dès qu'elle repart chez elle, je commence mon épopée vers l'Est et ses villes mystérieuses. Je vibre au rythme de mon deuxìème chez moi. Et de moins en moins on me prend pour une étrange étrangère. :) Özlem me l'a fait remarqué hier. On m'aborde en Turc directement. Probablement parce que je ne passe plus mon temps à regarder partout et à prendre n'importe quoi en photo. Je me promène, désinvolte, et je fais la turque. C'est devenu un réflexe. Je commence à avoir l'attitude turque dans la peau.

Je suis revenue hier matin de Safranbolu.
Safranbolu ne m'a pas déçu. C'est une toute petite ville à 4 heures de bus de Sakarya, dans une vallée très verdoyante, et montagneuse. Sur la route, le panorama est superbe. À couper le souffle. On doit observer. On passe des maisons de campagne, avec des greniers pleins de grains, des bergers, des plaines agricoles.

La veille de notre départ, j'ai dormi chez la belle Emel, une amie à moi, qui ne parle que le Turc, comme vous le savez maintenant. Sa famille est d'origine bulgare et elle-même est née en Bulgarie. Ce sont des Turcs de Bulgarie. On a souvent ce genre d'immigrants dans la région.  Les parents de Emel vivent un peu à l'extérieur de la vie, sur une colline où l'air est pur et agréable. Ils ont un super jardin bio rempli de bonnes choses. Leurs tomates sont probablement les meilleures au monde. J'ai jamais vu ça. Les Turcs, dès qu'ils le peuvent, ont un jardin. Ils sont d'excellents jardiniers et aiment manger bio. Le biologique est important pour eux et les produits de la ferme sont aussi. Ils n'achètent JAMAIS de quart de pain à l'épicerie. Ils vont toujours chez le boulanger. Leur pain est toujours frais et il y a une boulangerie dans chaque quartier. Ces entreprises sont rentables.

Donc nous sommes parties tôt pour le terminal, avec la papa d'Emel qui ne voulait pas nous laisser y aller en taxi dolmus. Avant, sa maman nous avait fait un fort copieux petit déj. Du fromage, des confitures de figue maison, du simit, des omelettes au persil, de la salça de poivron. Nous avons pris le bus pour arriver vers 14h à Safranbolu. Il pleuvait. Pas beaucoup, mais assez pour nous rendre la vie moins confortable, disons-le. Safranbolu est une vieille ville avec des pavés en pierres inégales. Avec de l'eau, ça glisse. Les vieilles maisons de Safranbolu sont classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Elles sont uniques en leur genre. D'ailleurs, nous dormions dans un konak, une de ces vieilles maisons converties en  maison d'hôte, et notre chambre était de bois du plancher au plafond. Magnifique. Les petits lits simples étaient terriblement confortables et malgré le froid extérieur (10 degrés! Wow! On se serait cru au Canada!), nous étions confortables.
Mon turc avait pris du corps depuis la veille, et mes hésitations étaient de moins en moins angoissantes pour moi. Emel et moi parlions aisément, et sans jamais utiliser d'Anglais. Même si certaines de mes phrases étaient boiteuses, le sens y était et Emel ne me reprenait jamais. La différence entre Emel et Emre est évidente: Emre est payé pour me reprendre. Il est mon ami, mais aussi mon professeur. Emel, elle, n'a que le mandat d'être mon amie. Elle laisse la conversation couler et la pratique m'est tout aussi bénéfique, quoi que différente.
Le soleil se pointait souvent le bout du nez, mais pour quelques minutes seulement. La pluie recommençait ensuite, doucement puis plus intensément. Elle ne nous empêchait pas de rigoler. Nous nous sentions un peu aventurières avec notre parapluie sous le soleil, et fermé sous la pluie, et nos chaussures pleines de boue, et nos cheveux en broussailles à cause du vent de montagne. Mais le moral y était. Même si Dame Nature a tout tenté pour nous décourager, Sanfranbolu, elle, ne nous a jamais abandonnées. Nous étions heureuses. Emel passait son dernier moment avec moi pour un petit bout. Elle est en attente de connaître dans quelle ville elle aura sa permanence comme professeure d'informatique... Elle doit aller de 2 à 5 ans dans une ville choisie par le gouvernement pour pouvoir revenir où elle le veut ensuite. C'est comme ça en Turquie. Il y a des inconvénients, mais aussi des avantages, comme celui d'avoir une permanence rapidement dans le système scolaire publique. Elle le saura en début de semaine et l'école commence dans deux semaines. Safranbolu était donc notre dernier petit moment ensemble. Si je reviens l'an prochain, je devrai aller la voir dans son nouveau chez-elle. Mais je suis contente qu'elle ait réussi à avoir un poste. Ça changera beaucoup de choses dans sa vie.
Après la vieille ville, nous avons engagé un chauffeur de taxi pour nous mener vers la grotte du coin, une superbe grotte profonde et remplie de stalactites et stalagmites, toute illuminée et vibrante de musique classique. Le chauffeur devait ensuite nous mener vers la kristal teras, un belvédère surplombant un canyon, dont le plancher est vitré pour qu'on puisse voir sous nous. Il y en a un identique au Grand Canyon aux USA. Lorsque nous sommes arrivées a la kristal teras, il ne pleuvait plus, et il y avait deux arcs-en-ciels. Pour les photos, c'est fantastique! Le canyon nous paraissait encore plus magnifique. La journée avec Emel à Safranbolu s'est terminée dans un restaurant très connu du coin pour son agneau grillé (que j'ai choisi et que j'ai mangé rapidement, car j'étais affamée), un agneau délicieux servi avec de l'oignon, des piments grillés et les superbes tomates ROUGE de Turquie (pas blanches comme chez nous, là!). Nous avons aussi bu thé après thé, en bavardant joyeusement de tout et de rien... Voyages, amours, travail, rêves, etc. Une belle journée, bref.
Si vous venez en Turquie et passez par Safranbolu,  il faut y arrêter. Vraiment, ça vaut la peine.

Safranbolu

Vieille ville de Safranbolu

 Comme un casse-tête :)

Les vieilles rues pavées de roche

Les konaklar sur le flanc de la falaise

Comme dans les films. Ville sur la colline.

avec les nuages c'est magnifique!

Les toits en dalles de terre cuite

Safranbolu = safran, épices

Et Safranbolu - noix

La grotte

Superbe!

 
La Canyon vu du vieux pont

 
Le vieux pont.

Un arc-en-ciel au loin

Le canyon est très vert!

Moi, Emel,et deux arcs-en ciel, photo gracieuseté de notre chauffeur
de taxi qui nous a suivi partout hihihi
 
J'adore cette photo
 

La ville de Safranbolu et les nuages
 
Pain plat, beurre au miel, agneau, et pain farci aux oignons et persil. Un délice.
 

J'aime le petit côté nuageux de cette journée là.

Puis, jeudi, je suis revenue tôt à Sakarya et les classes d'Özlem ont été annulée. Nous sommes donc aller errer en ville au gré du moment. Emre nous avait suggéré un nouvel endroit cool en ville appelé Le Man Kültür. Lorsque nous sommes arrivées, c'était bondé, mais deux étudiants de mon amie: Burcu et Mustafa y étaient et nous ont fait de la place. Là, j'ai jasé en Turc. Mustafa est étudiant en histoire et en histoire de l'art (deux majeures) et c'est un excentique passionné. Il geticule, ses yeux brillent lorsqu'il parle de ses passions. Il lisse sa petite moustache ottomane (rare chez les jeunes hommes aujourd'hui). Burcu est une belle petite blonde ricaneuse et romantique qui étudie en psychologie à Istanbul. Ils sont de proches amis et j'ai beaucoup profité de leur compagnie pour retester ma nouvelle confiance en Turc.
Emre est passé avec son collègue Ali pour nous saluer... Ils nous a bien fait rire car Emre parle un Anglais américain et au lieu de nous dire: Voici Ali, il a dit en Anglais I am with Aliiii (éliiiiii), prononcé à l'anglaise. :D Trop comique, venant d'un Turc. Angliciser un prénom si moyen-oriental ! hihihhi J'adore!

En soirée, les deux cousins d'Özlem, Talha et Cihan sont venus nous trouver car ils étaient en ville. Ils dormaient aussi chez Özlem et Alper. Nous avons soupé tous ensemble en ville puis nous sommes allés fumer un nargilé au Café Beyzade, un endroit super. On a tellement ri! Je connais Talha depuis 2011 mais à cette époque il était un jeune étudiant quittant sa famille pour la première fois. J'ai retrouvé un jeune homme amusant et confiant, très émotif et adorable. Cihan, lui, se sentait soudainement en confiance de me parler, maintenant que je le comprends officiellement (hihihi) et Özlem et moi on a passé la soirée à essayer de lui trouver une blonde dans nos amis Facebook. Disons qu'on n'a pas fini de chercher, car ses attentes sont plutôt... impossibles à combler. Mais c'était adorable. Je les aime beaucoup et Cihan et Talha sont pour moi comme de la famille élargie. Il y a cette complicité des cousins, entre nous.
Comme l'appartement d'Ozlem est petit,  j'ai dormé avec Özlem dans le lit à la place d'Alper, qui lui a pris le divan hihihi. Talha a dormi sur le divan avec lui et Cihan sur le lit d'invité...

Ce soir je sors avec Emre. On va se raconter nos vies et rigoler, comme toujours. Il ne me reste que demain à Sakarya avant de reprendre la route. J'ai toujours cette nostalgie qui m'habite, celle du manque de temps. Celle d'être trop loin trop souvent.
Mais l'amitié traverse les frontières du temps et de la distance, lorsqu'elles sont sincères.
J'aurai toujours une place ici, dans ma ville de Turquie et je ne serai jamais seule.

Alper, Talha et Özlem à Beyzade

Fin de soirée, on est brûlés mais on a eu du fun, avec Özlem, Alper
Talha, Cihan et moi. :) Ma deuxième famille, bref!

mardi 3 septembre 2013

Le test de la langue...

Je ne sais pas si je vous l'ai dit, mais la langue turque, c'est pas facile.
C'est même assez tordu merci.
Et je ne sais pas quelle idée j'ai eu en 2011 pour décider tout à coup que j'allais apprendre cette langue qui ne me sert qu'en voyage et que je n'utiliserai jamais à des fins utiles au Canada.
En fait, j'apprends le turc parce que j'aime les défis, j'aime les langues et j'aime ce pays. Trois raisons que je trouve ma foi assez bonnes, compte tenu des circonstances.
Mon gros problème avec cette langue... c'est que je n'ai personne avec qui pratiquer face à face. J'ai un cours par Skype une fois par semaine avec mon ami Emre. C'est mon prof, mais c'est aussi un ami proche. Alors il m'organise mes cours pour qu'ils me soient le plus profitables possibles. Sauf que c'est difficile de mesurer mes progrès au jour le jour.
Je ne peux que me fier à Emre qui me dit: "c'est bien".

De plus, avec Özlem et Emre, j'ai tendance à placoter en anglais. Mon cerveau ne se décide pas à parler turc avec eux. On dirait que ce n'est pas naturel pour moi. C'est l'anglais qui vient en premier, probablement parce que je sais qu'ils sont tous les deux bilingues. 

Depuis mon arrivée, j'ai eu le confort de l'anglais. Hier cependant, un premier petit test m'a été présenté et je l'ai réussi. Je suis allée chez les parents de Alper. Je connais le papa, la maman et la grand-maman de mon cher Alper depuis 2011. Je connais aussi ses sœurs et frères. Il sont une flûte à sept trous. Trou # 1: Sibel et trou # 7 Alper. C'est le bébé. Les autres sont Cengiz, Atilla, Mehmet, Meryem et Gaye. Ils sont tous gentils mais aucun ne parle anglais.
En 2011, je baragouinais une centaine de mots en turc et je ne connaissais que le présent de l'indicatif. Je prononçais bizarrement mes mots en oubliant pratiquement tous mes H aspirés. Mais j'avais réussi à tisser une petite relation spéciale avec la maman de Alper qui considère que je suis comme une turque depuis le début.
Hier, je les visite. Ils n'attendaient pas mon arrivée. Ils ne savaient pas que j'avais réussi à rejoindre le pays depuis le Maroc. On m'accueille donc dans la joie totale, comme si j'étais un membre de la famille qui revient inopinément au bercail. J'ai des becs. Des colleux. Le vieux papa de Alper (né en 1930) me salue en riant avec son accent de la mer noire que je ne comprenais que dalle en 2011... mais qui me semble évident en 2013. Puis Gaye et Cengiz, et des cousins, et la grand-maman (une turque de Géorgie)... Et je commence à parler. En Turc. Oui les amis. J'ai fait ça. Je suis restée moi-même surprise d'entre ma voix commencer à blablater dans cette langue. Özlem m'a regardée. Elle est habituée de m'entendre tenter des courtes phrases et continuer en anglais. Mais là, j'étais en train de raconter mon escale au Maroc... en Turc! Fascinant. Le cerveau est parfois la machine la plus surprenante qui soit.
On parle, il y a de l'humour, que je comprends à moitié, mais je ris quand même, et je renchéris, je participe. Tout ou presque se fait en truc. On m'explique le fonctionnement de leur samovar, car je n'en avais jamais vu. Je croyais qu'on ne trouvait cela qu'en Russie, mais il semble que les turcs l'utilisent aussi.
On repart vers 23h. Je suis heureuse d'avoir rompu la glace. Parce que mon vrai test approche: Safranbolu avec Emel pendant deux jours. Ouffff... Emel qui ne parle pas anglais. Elle et moi toutes seules. Puis-je faire cela sans sentir une lourdeur?

Avant d'aller chez les parents de Alper, j'ai passé la journée en ville avec ma belle Özlem. Elle avait un cours à donner de 11h à 13h. Ensuite, elle était libre comme l'air. J'ai donc assisté à son cours à BDM, car les propriétaires sont toujours hyper heureux de m'y voir. Ils s'imaginent encore que je pourrais un jour déménager en Turquie et travailler pour eux. Ils ont de la misère à trouver des profs étrangers que les élèvent aiment, mais avec moi, depuis le début, le courant passe. Les élèves me demandent, et j'ai même eu la permission de donner un cours pour le fun, l'an passé, avec Éric, un Américain qui ne travaille plus là maintenant. Puis, j'ai connu la charmant Ayse, une jeune prof d'anglais qui est aussi une bonne amie d'Özlem, et nous sommes allées Ayse, Özlem et moi prendre un chocolat blanc chaud (ouiiii miam) et du thé. Puis, nous sommes allées manger un cumpir... Vous vous rappelez ? La grosse patate garnie de salade russe, couscous, cornichons, maïs, ketchup, fromage, mayo et bien d'autres choses...  J'en mange à chaque voyage au moins une fois. C'est trop turc. J'adore.
Je suis folle d'Ayse. Elle est amusante et moderne, et elle est joyeuse. J'espère vraiment avoir la chance de la revoir cette semaine, car si vous ne le savez pas, mon voyage se déroule comme suit: Une semaine à Sakarya avec mes amis, une semaine à Istanbul avec Ingrid, une amie de Scandinavie qui vient me retrouver et une semaine dans l'Est de la Turquie (Mardin, Midyat, Hasankeyf et Van), et trois jours à Istanbul, seule.

J'aurais dû planifier plus de temps à Sakarya, mais j'ai envie de ce voyage dans l'Est depuis trop longtemps. Je veux le faire. Il est sur ma liste depuis 2008, et je le reporte tout le temps. Les conditions n'étaient jamais favorables. Là, elles le sont.

J'ai vraiment le cul béni. Mes amis sont extra. J'ai non seulement de bons amis au Québec, mais j'ai aussi de bons amis ici. Des amis sincères. Ce n'est pas donné à tout le monde de tomber dans une si belle talle du premier coup. Ben moi, ça m'est arrivé via Özlem et son cercle, et j'ai ensuite élargi mon cercle à Emre, et ensuite à Emel.

Donc la connaissance d'Ayse, c'était hier. Aujourd'hui le plan était différent. J'ai encore assisté à la classe d'Özlem de 11h à 13h, puis nous sommes allées manger chez Burger King (ben ouiiiii on aime ça toutes les deux!) et après, on voulait visiter Emre à son travail. Donc nous y sommes allées. C'était vraiment agréable. Emre est comme un petit frère pour moi. Du moins c'est un très bon ami. J'aime ses manières, sa façon d'être, etc. Nous avons eu le temps de rigoler un peu et de visiter ses nouveaux locaux pour Gotta Talk, son école.  Je le revois vendredi. Je vais assister à une de ses classes et après on va aller dans un pub boire de l'eau de vie. héhéhé. 
Puis, nous sommes allées trouver Emel à un café, et comme Özlem avait un autre cours à donner, elle m'a laissé ses clés pour que j'aille récupérer mes affaires, car ce soir, je couche chez Emel. On part tôt demain pour Safranbolu, où nous allons dormir une nuit. C'est notre voyage de sacoches! :D Je suis emballée car Safranbolu semble très agréable pour faire de la photo. Ça semble pittoresque. Mais Emel, c'est le test ultime. Je vous avoue que lorsqu'Özlem m'a dit bye bye tantôt, j'ai pris une grande respiration. Emel, ça veut dire 100% de Turc dans mes conversations, sans personne pour me traduire en cas de problème.
Mais là, ce soir, j'ai eu une révélation. En plein pendant notre souper chez Nispet, un endroit hyper populaire où l'on a dégusté un plat de poulet aux aromates. On jasait tout bonnement, sans cesse, de façon fluide... et j'ai tout à coup pensé: "Je suis en train de parler Turc depuis quelques heures, sans aide, et je ne pense même pas à traduire à partir du français!" Ça c'est de la révélation, mes amis. Parce que j'ai eu un boost de confiance incroyable, suite à cette pensée. J'ai pris conscience des résultats de mes efforts hebdomadaires avec Emre sur Skype. Bang! Ça m'a frappé et le résultat vient de me surprendre. Je parle Turc. Je parle vraiment Turc. Pas parfaitement, loin de là. Pas un Turc fancy non plus, il faut le dire. Mais je peux parler de politique, de peines de cœur, du nouvel emploi d'Emel, de mes journées, de mon mariage... Je parle Turc. C'est ce que je dois dire. Je ne dois plus dire que je parle un peu Turc, que je parle un Turc de base, que je baragouine le Turc. Je dois dire que je parle Turc. Voilà. Et ça m'a remplie de joie.
Pour aller chez elle, nous avons pris un dolmus (mini van qui suit un parcours précis pour moins d'un dollar par personne). J'étais en train de raconter à Emel que je trouvais que me promener en dolmus, ça me semblait exotique et que j'avais l'impression d'être une aventurière, quand le véhicule en question c'est arrêté net sur l'accotement.  Panne d'essence. Oui, toute une aventure, effectivement. Ces choses font partie de l'expérience du moyen de transport en question. Nous, les femmes (Emel et moi) sommes restées assises comme des reines dans le dolmus, pendant que les monsieurs poussaient vers la station service la plus près (à 150 mètres, heureusement). hihihihi.
J'ai rencontré les parents d'Emel. Ils sont des Turcs de Bulgarie. Ils ont grandi en Bulgarie et le papa parle un peu français (le Français étant, avec le Russe, la langue seconde enseignée à l'école dans ce pays). Ils ont une très belle maison et sont terriblement accueillants. Ils m'ont même acheté une grosse bouteille de cola diète, car ils ont eu vent de ma terrible addiction à l'aspartame. :D J'aime ces gens!

Jusqu'à maintenant, mon voyage se compose de retrouvailles. Je ne prends presque pas de photos. Je profite simplement de la chance que j'ai d'être ici.

Je dois me coucher, il est 2h45 du matin et je me lève à 7h00 au plus tard.
Mais je vous laisse sur une photo qui parle beaucoup :

Trudeau et son joint faisant le Times Magazine. :D
Non mais, tant qu'à y être, hein ?



Pis pourquoi pas vous montrer mon souper ? :D Trop bon.

 
Je vous souhaite une bonne journée.

dimanche 1 septembre 2013

Deux jours de folie furieuse...

Bonjour chez lecteurs assidus...
Hé oui, j'y suis enfin! Nous sommes le 1er septembre (le 2 maintenant, à deux heures du matin) et j'ai réussi, non sans peine, à livrer ce corps à bon port, avec tous mes bagages.

Je vous dirais que j'ai vécu deux jours complètement fous, totalement à l'image de l'été que je viens de passer.
Mais ça me prenait ça pour me faire réaliser ce dans quoi je m'embarquais encore une fois.

Le plan initial était ceci:
1) Départ de Montréal-Trudeau le 30 août à 19h15 pour un vol vers Casablanca sur Royal Air Maroc
2) Une courte connexion de 2h45 à Casablanca pour prendre le vol de 9:25 du matin le 31 août en destination d'Istanbul-Atatürk, côté européen.
3) Trouver mon ami Emre qui devait m'attendre à l'aéroport et faire une balade de deux heures dans sa BMW pour me rendre à Sakarya, chez Özlem... et y fêter tranquillement ma fête.

Un beau plan tout simple. Merveilleux!
Mais ma vie n'est jamais simple. C'est mon karma, je suppose.

Le 30 août au soir, 1 heure avant l'embarquement, des orages s'écrasent sur Montréal, avec tonnerre et éclairs. La totale. Du coup, l'horaire aéroportuaire a été chamboulé. Certains vols sont partis en retard, d'autres à l'heure. L'embarquement de mon vol devait être à 18h15... Il a commencé à 19h15... et il y avait tellement d'avions en file pour le décollage que nous sommes partis 2h15 plus tard que prévu...

Je vous ai dit quoi plus haut ? Que mon escale pour changer de vol durait 2h45.
Petit moment de panique. Mais bon, un charmant monsieur me dit: "Gazelle, ils vont rattraper une heure à cause des vents. Vers l'est ils le peuvent."
La Gazelle s'est mise à espérer... et effectivement l'heure d'arrivée était 1 heure plus tard que prévue, ce qui me laissait 1h45 pour prendre ma connexion. Suffisant. Oui.
Le vol...
Ark.
Le pire de ma vie. J'ai jamais vue de chaos semblable dans un avion. Le personnel avait complètement perdu le contrôle. Les passagers chialaient parce qu'il n'y avait qu'un choix de repas (qui incluait des crevettes, allôoooo pour les allergiques!!!), il y avait un peu de turbulence au dessus de Terre-Neuve et la Gaspésie... ce qui faisait prier exagérément la femme en noir assise à ma droite pour le vol.... Allah allah Allah Allah qu'elle répétait en se frappant le front sur le siège avant et en m'agrippant la main à m'en bleuir les doigts à chaque vibration de l'oiseau mécanique. L'avion lui-même était assez archaïque, pas propre propre et sans film.  La moitié des bancs étaient coincés et ceux qui se baissaient le faisaient comme trop. Lugubre comme avion. 
À ma gauche, une fillette de 1 an environ roupillait pendant que son père gardait l'œil. Vers 3 heures du matin, lorsque je dormais (car je dors toujours en avion) un cri de la mort retentit! Près de moi btw!!!! Le père était debout, tourné vers l'arrière et hurlait après un monsieur qui gesticulait et beuglait en arabe (et on sait que du "beuglage" en arabe, c'est assez spectaculaire merci!) Ça commence à se pousser mutuellement, ces deux énergumènes, et à tenter des manœuvres bizarre pour attaquer l'autre... Je couvre l'enfant à côté de moi parce que je commence à craindre que le bonhomme d'en arrière saute par dessus le banc. Quatre agents de bord étaient témoins de la scène et ne semblaient pas trop savoir quoi faire... à force d'écouter, je comprends quelques expressions françaises du genre "J'ai le droit!"... Je finis par me faire expliquer que le gars d'en avant (le papa) voulait incliner son siège pour dormir et que l'autre ne voulait rien savoir et passait son temps à donner des coups de genoux pour le relever. Wow !
Finalement, la chicane d'avion s'est réglée ainsi: le monsieur d'en arrière a été amené dans une autre section de l'avion pour se "reposer".

Ouais.
Cet avion était un havre de folie!
J'ai vu des passagers déposer leur plateau de bouffe par terre dans l'allée car ils avaient fini de manger. Des compartiments à bagages ouverts et fermés et ouverts sans relâche pendant tout le voyage, des gens pousser le siège incliné à coup de genoux, un agent de bord se blesser à la main en s'enfargeant dans une sacoche laissée dans l'allée, des gens sortir leur bagage à main des compartiments 5 à 10 minutes avant l'atterrissage, même si c'est interdit car dangereux.   J'étais très heureuse de sortir de cet avion. Je commençais à me sentir étrange. Comme dans un rêve.
J'étais à Casablanca, au Maroc.

En sortant, je rencontre Josée, une femme passionnée de voyage avant fait le tour du monde. Elle vient du Québec, comme moi. Elle aussi partait à Istanbul et était dans le même rush que moi pour prendre la connexion à temps, mais avec le rattrapage en vol, nous avions le temps, surtout que notre enregistrement avait été fait depuis Montréal. On prend le temps d'arrêter aux toilettes pour se faire dire que la seule toilette du terminal était hors service. Donc on se dit qu'on va y aller dans l'avion. On s'enligne pour la porte A1, et on voit que l'embarquement est en cours. Tout est sous contrôle. On prend notre place dans la file. Par contre, juste avant moi, on me dit: "non, on a ordre du capitaine d'arrêter l'embarquement". Ok. Mais c'est bizarre. Cinq minutes plus tard, je commence à m'inquiéter car le vol part dans 20 minutes et nous sommes encore là à attendre. Je demande: est-ce qu'on va pouvoir embarquer? Une dame me répond: "nous sommes en train de faire notre possible pour que oui".
Faire notre possible ???? Quossé ça! On a un billet! On n'est même pas sur liste d'attente!  On ne cesse de nous dire qu'il y a une limitation de vol et que nos places sont libres dans l'avion, mais qu'on ne peut pas embarquer. Hein ??? Une limitation ? C'est ridicule! Si j'ai un billet, et que la place est libre, et que mon bagage est dans l'avion, je devrais pouvoir embarquer!
Josée, ma nouvelle amie, mentionne le mot "overbooking"... Scandale! Le préposé commence à chigner que c'est pas de l'overbooking mais une limitation de vol, et blablabla... Il prend nos carte et appelle... Là je comprends! Il est en train de faire sortir nos bagage de l'avion. Misère! Mon ami Emre doit me rejoindre à Istanbul et il est déjà en route! Il faut que je trouve un moyen de lui faire faire demi-tour car Sakarya est à deux heures de la métropole!  Je me tourne vers Monsieur Royal Air Maroc et je lui montre qui n'est pas idiote ici. Je lui dis: "Hé, nous étions en transit. En transit. On a un billet enregistré depuis la veille de Montréal, avec un siège et tout. Notre bagage est aussi enregistré depuis la veille! Nous étions à l'heure pour l'embarquement. Dans la file, comme tout le monde. Habituellement, les places libres d'un vol doivent être comblées après le dernier appel. Or nous étions déjà en train d'attendre. Vous avez donné nos sièges à d'autres!" Il dit que non et il blablate un truc du genre "erreur de système", puis il revient à sa théorie bidon de "limitation de vol".

Hé man! On est en tabar***. Nous sommes Josée et moi, un mec turc, un Macédonien et un Sénégalais. Ils nous font descendre aux bureaux en bas pour voir s'ils ne pourraient pas nous ajouter sur le vol de l'après-midi avec Turkish Airlines... Mais Turkish Airlines a supposément overbooké son vol de 40 personnes de trop! Bullshit. C'est n'importe quoi! Là, on nous dit: "vous restez au Maroc une nuit, hôtel, navette et repas payés par la compagnie et vous partez sur le vol de demain midi".
Ouais mais je veux mon bagage.

"Pas de problème", qu'on nous dit. Une dame fait un appel, et on descend aux compteurs à bagages... pour ne rien trouver. Une préposée absolument désintéressée nous radote qu'elle va faire vérifier, elle fait un appelle... et devient muette pour deux heures. Parfois, je vais la questionner. Elle me dit: "Ils tentent de localiser vos bagage Mme". Parfois c'est Josée qui y va. Mais aucune prise en charge. Josée trouve une boutique à l'aéroport qui accepte de nous refiler leur mot de passe de routeur pour qu'on puisse aviser nos proches. J'écris à Emre, qui ne répond pas... Évidemment, car il est au volant en train de venir me chercher! J'écris à Özlem... qui ne répond pas non plus. J'écris donc à la sœur de Emre en turc pour lui dire: "Dis à Emre de vérifier ses messages Facebook car il y a un problème" lol (Dieu merci, je pars assez turc pour envoyer des messages d'urgence hihhihi)  Josée annule sa navette par courriel.
Un bonhomme se présente; il est surpris qu'on ne veuille plus voler à Istanbul. "Man, c'est pas ça l'histoire, nous on voulait bien voler, mais eux n'ont pas voulu de nous!". Ok, il va chercher.
Je réalise soudainement que c'est ma fête. Ouais. Je suis partie pour passer ça à l'aéroport.  Finalement le monsieur revient et nous dit tout heureux que les valises sont là. On se précipite car épuisés, et je trouve mon sac... mais Josée ne trouve pas sa valise! Incroyable mais vrai!
On retourne au kisoque à bagage voir la madame qui se fout de nous, ils nous disent d'attendre... et on attend... et encore, et encore... Ça fait quatre heures qu'on est là. Je ne veux pas laisser Josée seule, car c'est trop plate pour elle, et de toute façon, je n'ai aucun autre plan. Finalement, Josée réussit à faire venir un superviseur... qui nous dit que la valise est en route vers Istanbul... probablement. Hiiiiiiiii on aime ça les probablements nous autres. C'est de la bullshit, encore de la bullshit!

"revenez demain matin, si on trouble la valise, vous l'enregistrerez et sinon elle est à Istanbul". On nous pitche ensuite en haute au kisoque de l'hébergement... où il n'y a personne. On attend. Un couple est déjà là à attendre... Dix minutes après, quelqu'un revient et nous signe un voucher (un bon) pour deux chambres d'hôtel au Relax Hôtel avec des passes de repas. Yayyyy ! On s'en va à l'hôtel! Nous sommes fatiguées de tout ce niaisage. Il est environ 14h.

On arrive... Déjà, le wifi de l'hôtel est en panne... et leur téléphone publique aussi. Super! Ensuite, on nous dit que les chambres ne sont pas prêtes et qu'on doit revenir dans une heure... Quoiiiiiii ???? Pas prêtes à 14h? C'est pas à 14h, le check-in, habituellement? Faut croire que non. On nous donne un bon pour luncher, en attendant. Le resto est une gargote avec des réchauds où trainent des mets douteux et rendus froids. Du poulet froid, des pâtes froides, des légumes froids. Il n'y a que de l'eau à boire... mais en fontaine. Peu rassurant. Ça vient d'où, cette eau? D'une champelure? On ne boit pas cela. Je ne manque qu'une mini tranche de melon et Josée goûte son poulet mais je la convainc de ne pas continuer.  On retourne attendre notre chambre...
Entre temps, on rencontre Luc et Marina. On les avait croisé aussi à l'aéroport, car ils étaient sur le même vol que nous Montréal-Casablanca, mais repartaient pour Nice et n'avaient pas eu de place sauf le lendemain. Luc est un papa Québécois et Marina, sa jeune fille de 12 ans, moitié française moitié Québécoise. Comme les parents sont séparés, Luc vient en France pour être près de sa fille, mais un mois par années, ils vont visiter la famille québécoise dans la région de Sherbrooke. Marina est adorable. Intelligente, ouverte et douce, et elle est trop mignonne avec son accent français mêlé à des expressions québécoises typiques du genre "C'est full bon". Je l'aime tout de suite.
Luc s'est renseigné et pour aller en ville, ça coûte 50 Euros par taxi, aller-retour, et le chauffeur reste à notre disposition pendant 3 à 4 heures. Il nous propose d'aller en ville et de partager la course. Pourquoi pas? Après tout, nous sommes loin de toi et l'hôtel est assez ordinaire.
On se donne rendez-vous à 16h15 dans le hall. Entre temps, nous réussissons à avoir nos chambres vers 15h50. Josée prend une douche rapide (eau froide seulement dans sa chambre), moi je me change pour être à l'aise.
Puis, on part découvrir cette Casablanca. Tout ce que j'en sais, c'est que c'est gros et qu'il y a des pick pockets. Notre chauffeur Fouad nous amène au marché. Il n'y a pratiquement aucun touriste! On s'y promène. On prend des photos. Il fait soleil mais c'est endurable, car c'est la fin de la journée. On erre dans les boutiques, on tente de se défaire de marchands voulant à tout prix nous vendre de l'huile d'argan, on s'achète un bini (beignet à la confiture d'abricot trempé dans le sucre). C'est agréable. La petite Marina pose des questions, elle s'amuse bien et trouve le pays coloré. Ensuite Fouad nous mène à la grande mosquée sultan Hasan II, un lieu unique en son genre et absolument sublime, juché sur une butte à côté de l'Océan Atlantique. Je trouve le tout fabuleux. Il y a des photos à prendre, surtout de gens fascinants errant sur les lieux. Sincèrement, l'après-midi est agréable. Puis on va sur une promenade en bord de mer dans un coin appelé la Corniche, coin assez huppé, et on termine dans un dépanneur pour acheter de l'eau et du cola.
Retour à l'hôtel et souper en compagnie de nos amis (des mets du midi avec une variante olive), avant de se dire au revoir car eux volent très tôt le lendemain.
Une journée catastrophique à  prime abord se termine donc sur une notre agréable, pour mon anniversaire. Et la cerise sur le sunday: J'ai de l'eau chaude dans ma douche! Et une télé avec TF1! Yayyyyyyyy!
Tout ce que j'espère c'est qu'Emre ait eu mon message. Je lui ai dit de retourner à Sakarya, car mon vol avait été déplacé au lendemain et que j'allais partir en bus.
Toujours pas de wifi, donc mon crédit Skype ne me sert pas à grand chose.

Le lendemain (aujourd'hui), après un petit déj aussi dégueulasse que la veille, on prend la navette pour l'aéroport. Josée retourne voir le préposé aux bagages et c'est un "probablement à Istanbul" comme réponse finale. Stressant! Après avoir cherché notre comptoir d'enregistrement comme des damnés, tout semble au beau fixe. Et finalement, cette journée se déroule comme prévu. On part à 11h55, on arrive à peu près à l'heure, Josée trouve rapidement sa valide à Istanbul, et mon Skype wifi se met à fonctionner aux comptoirs à bagages... juste à temps pour tomber sur un message d'Emre qui me dit un truc du genre "J'ai couché à Istanbul, je serai là, j'ai trouvé l'heure d'arrivée de ton vol".

WOWWWWWWW ! Non mais, ça c'est un ami! Il est resté! Pour me faire plaisir! Quand il sait très bien que je suis capable comme une grande de trouver mon chemin et de me rendre au terminal de bus seule. Il est resté ! Joieeeeeeee! Je serre Josée très fort en riant. Finalement, un malheur peut nous faire faire de belles rencontres et Josée a fait de mon anniversaire une journée spéciale, en étant là, tout simplement, et on partageant mes frustrations. Être seule aurait été horrible. Être bien accompagnée a été super.

Le free for all marocain ne nous a pas impressionné. Nous avons trouvé Royal Air Maroc assez pitoyable. Cette compagnie ne m'aura plus comme cliente. Je volerai pour une dernière fois avec eux le 24 septembre. Ensuite, je tourne la page. J'ai détesté leur manque d'honnêteté et la négligence de leurs équipes. Je suis restée ébahie par leur manque d'entrepreneurship et leur façon de ne pas prendre en charge leurs clients. Je n'aime pas qu'on me prenne pour une idiote ni qu'on m'infantilise. J'aime qu'on soit direct, straight to the point.

Mais tout est bien qui finit bien! J'ai retrouvé Özlem et Alper dans leur nouvelle demeure, et je suis en extase car ils ont une toilette occidentale!!!!! Pas de trou chez eux! J'ai fait une p'tite danse de "touch down" comme au foot, car j'ai découvert la chose.

Et le thé turc et le magnum blanc ont été délicieux.
Et Emre fort agréable sur la route.
Et je suis heureuse, car une telle aventure ne peut que me donner des ailes pour la suite.

Voici quelques photos de Casablanca

iyi geceler!
Marché
 

Vendeur de pommes pensif

Les fenêtres colorées

Ma petite Marina et moi, heureuses au marché

La célèbre mosquée Hasan II

Reliefs dans la cours de la Mosquée
 
Détails des reliefs

Le minaret

Scène typique de fin de semaine : on se rafraîchit dans l'Atlantique

 

Jasette sur les marches

Maman et bébé

Vue depuis la Corniche

Marie-Eve, Josée et Marina avec des binis à la confiture

Il faut une photo kitsh en voyage: là voilà!

Scène de vie difficile: la plupart des mendiants sont des femmes



lundi 19 août 2013

Les dés sont joués

C'est très difficile de constater ce qui se passe en Égypte.
C'était prévisible, je l'attendais, et la révolte continue comme prévue, dans le sang et prenant bien de mes amis en otage.
Et moi, je ne peux plus aller en Égypte le 15 septembre, évidemment. Les dés sont joués.

Donc je fais quoi, le 15 septembre? Je vais avoir passé presque une semaine à Istanbul avec une amie. Je vais avoir été à Sakarya, et à Safranbolu...

Mais...

Je caressais un vieux rêve, en 2011. Je voulais faire une virée dans l'Est de la Turquie. L'Est est totalement différent de ce que je connais de la Turquie. L'Est, c'est les montagnes, les Kurdes, les frontières mystérieuses. L'Est, c'est la haute Mésopotamie, la source du fleuve Tigre, et les sommets de 5000 m.
Mais en 2011, je n'étais probablement pas rendue là dans ma vie.

Je crois qu'il est maintenant temps de boucler la boucle et de connaître ces terres qui m'allument et m'attirent.
Je vais partir à la découverte du peuple kurde et des Syriaques.

J'irai dans l'Est.
J'ai trouvé un billet d'avion Istanbul-Diyarbakir-Van-Istanbul. Je l'ai acheté ce midi.

Donc voici le plan:

15 septembre: Je vole vers Diyarbakir, et je prends un bus pour Midyat. C'est pas loin. Je devrais m'en sortir en 2 heures ou 2h30 de bus. Pas si mal.
Je reste à Midyat 3 nuits. Je vais profiter d'une de mes deux journées entières pour visiter Mardin, à 56 km de là, et l'autre pour errer à Midyat.

l8 septembre: Je vais m'enligner vers Hasankeyf, un petit bourg sur le Tigre, patrimoine mondial (ben oui!) de L'Unesco, où je vais passer une nuit en pension. Hasankeyf est à environ 3 heures de Midyat. Pas si mal. Je peux y aller en minibus (dolmuş)
J'ai réservé une chambre pour 25$ dans une petite pension familiale, qui a reçu de très bons commentaires sur le net, et ils m'ont bien aidé pour planifier le reste de mes transports. Hasankeyf, c'est un village de 7000  habitants inscrite au patrimoine (hihihi hé oui) qui s'avère un musée à ciel ouvert. C'est loin de tout, sauf de l'Irak.
Hasankeyf a presque disparu au début des années 2000, car un consortium européen voulait y construire un barrage qui aurait submergé le village et ses trésors. Cependant, l'opinion publique turque et européenne s'étant indigné, le projet est mort dans l'œuf, au grand bonheur des défenseurs de l'histoire et ses vestiges.

19 septembre: je vais prendre un minibus pour Batman, et ensuite un autre pour Van. Batman est à 40 minutes de Hasankeyf. Le transport complet devrait me prendre environ 3h30. Peut-être, avec un peu de chance, que je pourrai sauter dans l'unique bus direct Hasankeyf-Van, mais bon, comme on ne sait jamais vraiment quand part le bus, l'arrêt à Batman semble plus probable. 

Van, c'est à 40 km de la frontière iranienne. C'est la ville où Betty Mahmoody de Jamais sans ma Fille s'est retrouvée avec sa fille Mathob, suite à leur fuite de l'Iran`via les montagnes au début des années 80. Van est célèbre pour ses chats avec des yeux de deux couleurs, et pour son magnifique lac, sur lequel flotte une île unique en son genre, l'Île d'Akdamar, avec son église arménienne en ruines, et devant elle, le Mont Ararat, géant biblique de plus de 5000 m. Le Mont Ararat, c'est le mont de l'arche de Noé. Celui sur lequel l'arche s'est posée. J'ai toujours voulu le voir. Comme je n'ai pas les connaissances techniques pour en faire le trek, je vais me contenter de le contempler et de le croquer en photos. Mais y être, ce sera pour moi le clou de ce voyage. Poser les pieds sur l'île d'Akdamar et rêver. Être là où on doit être, tout simplement.
Ararat, ça touche aussi un sujet délicat pour la Turquie; le génocide arménien. Je sais que je n'aurai pas de réponses. Mais l'émotion sera de la partie. L'Arménie est tout juste de l'autre côté de la montagne, après tout.

Oui, je vais visiter bien des choses et faire beaucoup de route, en solo. Je ne me console pas encore de manquer ma belle Hend de si peu, mais au moins 900 morts nous séparent, malheureusement. Je retournerai en Égypte dès que possible. Mais faute de cela, je vais vibrer au rythme kurde. Je crois que dans la vie, il faut chercher à comprendre. Il faut chercher à s'intéresser aux autres. À ceux qui ne vivent pas comme nous mais qui réussissent très bien à être heureux malgré cela. Car la vérité absolue n'est pas nécessairement occidentale. Aussi, à l'opposé, nos malheurs qui semblent si destructeurs peuvent s'apparenter à des peccadilles lorsqu'on les compare avec ceux des autres. Parce que la vraie misère, elle existe, partout dans le monde.

J'ai envie d'être celle que je suis. J'ai envie d'assumer le fait que je suis cette citoyenne du monde. Je ne nie pas mes origines; je veux simplement les élargir.

Bonne soirée.
Départ: dans 11 jours.
Bagage à faire: dans 8 jours.

lundi 12 août 2013

J'y vais j'y vais pas j'y vais j'y vais pas

Bon.

18 jours calendrier avant mes sacrosaintes vacances.
iiiiii que j'en ai besoin.

J'ai commencé à faire des plans plus précis.

31 août: J'arrive en Turquie fin pm. Emre devrait être à l'aéroport, si les plans ne changent pas de son côté. Ça veut dire que je vais pouvoir me changer et me débarbouiller un peu à l'aéroport pendant qu'il surveille mes bagages, au lieu de rester dans mon linge de 24h et mes odeurs de 24h.

Je vais théoriquement chez Özlem pour quelques jours. Le tout reste à confirmer, mais c'est le plan.

4 septembre: Je vais passer une nuit à Safranbolu avec Emel. Un petit voyage entre nous. C'est prévu depuis longtemps, la chambre est réservée. Voilà.

Je devrais coucher chez Özlem, chez Emel et à l'hôtel. J'ai deux nuits d'hôtel réservées le 6 et le 7 septembre.

8 septembre: Je pars trouver une amie à Istanbul pour 5 jours. Elle vient de Scandinavie pour passer quelques jours avec moi et se défouler un peu, car elle est en pleine séparation et a terriblement besoin d'une petite pause. Je dois la rejoindre à l'aéroport pour 12h45. Nos plans ? Du magasinage et du niaisage professionnel. Ça c'est un plan, les amis! En plein un truc à faire en vacances.

Ensuite...
15 septembre : Je pars en Égypte ou je reste en Turquie. On verra.
9+6

Si je vais en Égypte:
Je resterai au Caire un brin, j'irai à Dahab et probablement à Nuweiba, et Alexandrie.
Bel itinéraire, hein?
Je reviens en Turquie le 23 septembre, pour m'envoler le lendemain vers Montréal via Casablanca.

Mais faut pouvoir y aller pour faire tout ça. Comme il y a une révolution en Égypte... C'est possible que je reste en Turquie, tout dépendant de la violence.

Si je reste en Turquie:
Je retourne à Sakarya... ou je vais à Trabzon ... J'sais pas. C'est flou. C'est juste dans un mois.

J'y vais ou j'y vais pas ?

:)
Vous verrez.

mardi 16 juillet 2013

Le plan C

Le plan A:
Départ 30 août: Montréal-Istanbul
15 septembre: vol vers le Caire
Retour 23-24 septembre: Caire-Montréal

Le plan B:
Départ 30 août: Montréal-Istanbul
Retour 24 septembre: Istanbul-Montréal.


Mon plan A, c'est celui que je prépare depuis des mois. Celui qui me permettrait de concilier mes amitiés turques et mes amitiés égyptiennes. Celui pour lesquels j'avais déjà des billets d'avion. Mais le plan A, c'est aussi la révolution égyptienne, qui un jour fait la pluie et le beau temps, et le lendemain retombe au calme... avant la prochaine tempête, probablement.

Je ne peux simplement pas me résoudre à abandonner mon plan A. Parce que nous sommes à la mi juillet que j'ai planifié aller en Égypte à la mi-septembre. Donc il reste deux mois aux Égyptiens pour retrouver un peu de routine. Leurs élections parlementaires sont prévues pour février.  Deux mois, c'est long. Si j'annule le plan A et que par la suite les choses se calment, j'aurai de gros regrets, car j'ai d'autres projets à court terme qui m'empêcheront de prendre des vacances en Égypte dans la prochaine année... et la suivante.

Mais si ça ne se calme pas ?

Je dois prévoir le coup, car si j'attends à la dernière minute, je risque de ne pas pouvoir avoir un vol décent.  La Turquie en Septembre, c'est très In. Y'a pas beaucoup de vols à un tarif raisonnable. Aussi, je vole avec Royal Air Maroc, donc si je ne veux pas payer de pénalités, je dois rester dans la même "alliance" et ça me laisse moins de marge de manœuvre. Ils n'ont pas tant de vols que ça. Et plus ça avance, plus le prix des vols augmente,  Septembre étant la fin de la haute saison.  Les vrais vols de dernière minute, ça existe encore, mais c'est peu probable pour certaines destinations...

Ouais.
Dilemme.

Gros dilemme.
Je ne suis pas le genre de fille qui veut à tout prix montrer qu'elle est "hot" en prenant des risques futiles. Me faire prendre en souricière dans une manif pro-Morsi, c'est pas ma tasse de thé.
Je ne suis pas non plus le genre de fille qui n'essaie pas d'aller jusqu'au bout de ses projets. Abandonner si tôt une si belle idée ? Nooooooooooooooooon ! Je ne peux tout simplement pas l'envisager.

Alors... J'ai fait quoi ?
J'ai appelé Expedia.ca. Je devais les appeler, de toute façon, suite à un changement d'heure d'un de mes vols. J'ai questionné la charmante jeune femme de leur service à la clientèle, et elle a compris ma situation "entre le cœur et la raison". Elle m'a arrangé quelque chose pour un coût minime, à ma grande surprise.

Soudainement, je me sens très joyeuse ! :D

Bon, appelons ça le plan C.
La fille d'Expédia m'a proposé ceci:
1) modifier mon billet de retour pour faire Istanbul-Montréal au lieu de Caire-Montréal.
2) ajouter un vol Caire-Istanbul à ce que j'ai déjà (J'ai déjà le bout Istanbul-Caire).

Donc...
En faisant ça...
Je me donne le choix.
Je vais en Turquie comme prévu. J'y reste deux semaines... ou trois. Si c'est assez calme, j'utilise la partie Istanbul-Caire/Caire-Istanbul.  Sinon, je fais annuler cette partie. Tout simplement. On ne se casse pas la tête !  De toute façon, j'ai un visa à entrées multiples pour la Turquie. C'est pas compliqué.

Donc...
Je ferai:
Montréal-Istanbul (30 août)
Istanbul-Caire (15 septembre)
Caire-Istanbul (23 septembre)
Istanbul-Montréal (24 septembre)

ou

Montréal-Istanbul (30 août)
Istanbul-Montréal (24 septembre)

Selon mes besoins et mes goûts. Selon mon feeling du moment. Selon si j'ai envie de manger du kochari ou un döner kebab. Selon si je veux boire de la Luxor ou de l'Efes Pilsen. Selon  si j'ai envie d'écouter Amr Diab ou encore Teoman. C'est trop cool de décider en toute fin. C'est moi qui contrôle, en quelque sorte... moi et l'armée... et le peuple égyptien, et les pro-morsi, et la police... mais moi quand-même. :)

Je peux décider la journée même, si je veux. Je peux attendre jusqu'à la toute dernière minute.
J'ai investi 140$ pour mes modifications. Car Royal Air Maroc ne m'a rien chargé, par miracle, pour modifier ma destination de retour. C'est super ! Et c'est surtout inhabituel. J'imagine que comme les prix des vols se ressemblaient beaucoup, ça ne valait pas la peine de me facturer.

Donc, le 30 août, je vais partir sans trop savoir si je vais ou non en Égypte. Je prendrai ma décision une fois rendue en Turquie.
Une chose est certaine, je me sens plus légère maintenant. Je vais pouvoir pousser le suspense le plus loin possible. Et me permettre d'espérer. Et sinon, je sais qu'au moins, je serai en Turquie avec mes amis et amies.

je vais pouvoir dormir sur mes deux oreilles! Et mon amie Hend est bien contente que je n'ai pas eu à annuler. Je n'avais pas envisagé de garder mes deux options. Je n'étais même pas certaine d'être capable de faire modifier mes billets actuels. Parfois les astres sont alignés.

Bonne soirée.





lundi 8 juillet 2013

It is a Revolution, not a coup !


"C'est une révolution, pas un coup d'État".

C'est ce que scandent mes amis égyptiens, depuis le 30 juin, et ce, sans cesse.
Difficile à croire pour des yeux d'Occidentaux. Après tout, l'armée a bel et bien renversé Morsi et ses Frères Musulmans, contre toutes attentes.

Est-ce que je vais en Égypte en Septembre ?

Je continue de dire "On verra".
Je garde la tête froide et je laisse aller la Révolution. Après tout, l'Égypte a le droit de s'indigner.

Alors, est-ce une révolution ?
Quand 33 millions de gens sortent dans les rues et refusent de bouger pour réclamer le départ d'un président qui n'est pas à la hauteur, c'est effectivement une révolution.

Une révolution, ce n'est pas calme. Il n'y a qu'ici, au Québec, où l'on a fait la révolution tranquille, comme vous le savez.
Après une longue dictature, une tentative d'endoctrinement de la droite ultra-conservatrice, beaucoup de pauvreté qui s'est prolongée dans le temps, et un manque flagrant de ressources pour nourrir le peuple, on peut difficilement continuer d'être patient.

Morsi, au lieu de s'occuper de redonner de la sécurité au peuple égyptien, au lieu de chercher des moyens de redonner espoir à ses citoyens, au lieu de s'occuper de redonner à l'Égypte du lustre et du coffre, a préféré s'occuper de modifier la constitution à l'avantage de son parti. Il a décidé de détourner la révolution de 2011 à ses propres fins.

Là, des groupes malveillants s'affrontent sous tous les prétextes, laissant croire à une guerre civile en devenir. On est encore loin de la guerre civile, mais il faut tout envisager. L'armée est accusée. Les Frères Musulmans sont accusés. Les Anti-Morsi sont accusés. Personne ne sait vraiment qui sont les véritables fauteurs de troubles. C'était prévisible. Dans une révolution, il y a du chaos.
Dans une révolution, il y a des moments difficiles.
Il y a des gens "pro" et des gens "contre".
Il y a du sang, des larmes.
Des gagnants et des perdants.

Oui, ainsi va la vie.
Mais dans une révolution, il y a aussi de grandes joies. Il y a de l'immensité.


Maintenant, réfléchissons un peu... Est-ce que l'Égypte aurait pu utiliser des moyens plus démocratiques pour se débarrasser de Morsi ? Peut-être. Mais la mobilisation pacifique du 30 juin a montré beaucoup d'espoir pour le peuple. De l'espoir, et de l'implication.  Car oui, le 30 juin, c'était pacifique. Le tout a dégénéré hier, le 7 juillet.
Il est long et ardu de bâtir une véritable démocratie, par ailleurs. Pour qu'une démocratie existe, des partis de l'opposition doivent exister. L'Égypte commence à peine à s'organiser. En 2012, lors des élections, Les Frères Musulmans restaient à ce jour la seule organisation bien rodée en Égypte. Sous Mubarak, ils œuvraient dans l'endoctrinement et les investissements communautaires. Puis, Mubarak n'étant plus là, le chemin était libre pour le chemin politique. Ils n'étaient pas le choix du cœur. Ils ont été le choix de la raison... Le choix par défaut.

Maintenant, les Égyptiens veulent plus. Ils veulent s'en sortir. Ils veulent aspirer à un avenir. Ils veulent qu'on parle d'eux internationalement dans les mêmes termes que l'on utilise pour vanter la Turquie, émergente et plus moderne.
Les Égyptiens ont faim d'avancement, de reconnaissance, de modernisme.
Ils veulent de l'emploi.
Ils veulent avoir la possibilité d'obtenir un visa pour visiter l'Australie, la France, le Canada, ce qui n'est pas chose facile ces jours-ci.
Ils veulent l'égalité des sexes.

Les femmes sont sorties dans la rue, comme les hommes. Les petites femmes voilées se sont mêlées à à celles non-voilées. Les Chrétiennes aux Musulmanes. Elles scandaient :"Go out, Morsi!", en chœur.
Leurs voix n'étaient qu'une seule. Une seule voix forte et fière.

Et dire que les Occidentaux pensent souvent que les femmes voilées sont soumises et idiotes.
Qu'elles suivent le mari ou le fiancé. Qu'elles n'ont pas d'opinion, pas d'idéaux.

C'est tout faux.
Un être humain est un être humain, peu importe son sexe, sa culture, ses choix religieux.
Et les femmes, dans cette révolution, font avancer les choses. Elles donnent une force et une humanité au mot "révolution". Elles permettent de la couleur là où le gris devrait prédominer.

Mon amie Hend était sur Place Tahrir avec ses amis et amies.
Elle m'a permis d'utiliser ses photos pour vous montrer le sourire de la révolution.

Je vous les partage, car vous ne verrez pas ces images à la télé. Non... À la télé, on ne montre que les tueries. Le sang. Les armes et les cris.
On ne montre que des images qui donnent la chair de poule.
On a toujours l'impression que la troisième guerre mondiale est commencée, quand on zyeute les nouvelles.

Alors voici de l'espoir brut, rien que pour vous.

" It is a Revolution, not a coup", qu'ils disent.

Merci Hend pour tes photos tellement évocatrices de votre joie.
Je ne vous souhaite pas de guerre civile. Je vous souhaite d'avancer.

C'est votre tour et votre chance.

:)