vendredi 13 février 2015

Alexandrie est une Drama Queen

Je vous reviens ce matin après trois belles et originales journées dans la très méditerranéenne Alexandrie. Trois jours deux nuits à déambuler dans les rues pittoresques... Alexandrie et son petit air européen, ses immeubles délavés par les bourrasques de sable et de vent, son vieux tramway et son air salin.
J'ai tout de suite eu un coup de coeur pour la belle Alex. Ça m'a fait penser à Tessaloniki. La ville est allongée sur le ventre, bordée à droite par la mer de bout en bout. Un long passage piétonnier appelé la Corniche s'étale près de la mer, et des immeubles aux frises intactes, très très années 1850, sont plantés en bord de mer. Les immeubles, à première vue, sont vieux et décrépits, mais dans les faits, ils sont usés par les intempéries et par le temps, mais la plupart sont magnifiques de l'intérieur . Splendides même. 
Mo, Hend, Dalia, Heba et moi séjournions dans un de ces immeubles, à L'Egypt Hotel... Un petit hôtel peu dispendieux mais agréable et propre, avec une vue à perdre connaissance sur la belle Corniche et sur les couchers de soleil plongeants sur la ville.  Les quatre filles, nous avions une petite suite de deux chambres; les soeurs partageaient une grand lit et Dalia et moi la chambre à deux lits simples. Les plafonds semblaient interminables. Nous avions des volets à l'ancienne, qui claquaient impunément au vent, et un balcon exigu mais donnant directement sur la corniche.
Nous avons fait du shopping, de la terrasse, de longues marches, quelques visites, beaucoup de photos.
Nous avons aussi beaucoup (trop) mangé: des grillades, du riz au lait, des poissons et fruits de mer, du thé à la menthe.
Mais si vous lisez un guide touristique d'Alex, on vous parlera assurément de la grande bibliothèque, la plus gigantesque de tout le Moyen-Orient. On vous parlera évidemment de la citadelle, ou même du palais du roi Farouk. Des catacombes, oui... Mais on ne vous dira jamais au grand jamais qu'Alex est la reine du drame. La Drama Queen par excellence...
Je l'ai découvert par hasard... en deux nuits trois jours de folie furieuse à travers les changements émotionnels de madame Alex.
Nous avons tout eu: Une tempête de sable, une tempête de vent, de la pluie glaciale, puis du soleil, encore de la pluie, de la grêle (oui mes amis), une mer enragée, dramatique, magnifique... J'ai eu le visage gercé par le vent, le fond de tête rempli de sable, les yeux larmoyants pendant une demi journée... Puis, j'ai décidé d'appliquer mon dicton de la semaine: "En Égypte faites comme les Égyptiens" et j'ai demandé qu'on me voile. Ça a réglé 75% des problèmes de vent et de sable, du coup, et j'ai pu profiter de ma journée.
Une tempête de sable... C'est un vent jaune et abrasif qui empêche toute visibilité, et scrappe la peinture de ta voiture et de ta maison, qui te fait un exfolient de face gratuit, qui t'empêche carrément de respirer dehors et qui t'irrite les narines et les bronches. C'est violent, aussi virulent qu'une maladie contagieuse... Est-ce qu'une tempête de neige c'est pire? Je vous dirais que c'est pas évident de décider. Je me dis qu'à chacun ses problèmes.
Mais Alex, wow! J'ai tellement vibré au rythme de cette ville! J'ai adoré Alex pour deux grosses et indéniables raisons: son petit côté romanesque et les gens avec qui j'y étais.
Nous avons tellement ri et pris de photos de nous-mêmes. Mo est le roi du selfie et comme il avait une nouvelle caméra, il nous a fait prendre la pose mille et une fois à peu près partout. Son goût pour les photos de fou nous a fait vivre un moment très... cocasse et intense, à lui et moi, by the way.
Hier matin, après la tempête de pluie,  nous avions une éclaircie. Il voulait qu'on prenne une photo sur la Corniche, donc il stationne la voiture sur le bord, lui et moi débarquons du char (les trois girls restent à l'intérieur, trouvant qu'il faisait trop froid dehors) et nous prenons notre photo ensemble... en oubliant qu'à Alex, les vagues, pendant et après une tempête, sont dignes de vagues de surf. Une vague énorme a passé par dessus la Corniche lorsqu'on lui tournait le dos et nous a frappé les jambes... suivie par une autre qui nous a carrément poivrés au complet. J'étais tellement trempée que j'avais du sable et de l'eau dans mon slip, mes bas étaient dégoulinants et mes jeans... soudainement d'une autre couleur. L'eau est même entrée dans la voiture, dont la porte était entrouverte!
J'ai été trempée pendant au moins 6 heures. héhéhé.
Les girls riaient aux larmes, pendant que Mo et moi tentions de nous nettoyer avec des kleenex.
Vraiment, l'expérience de la température s'est transformée en réelle aventure urbaine pour nous. J'ai connu les quatre saisons alexandrines en deux jours et demi. Ça m'a rendue tellement joyeuse, si vous saviez! C'était de toute beauté. Mo, le romantique de la gang, était terriblement heureux de bénéficier d'une Alexandrie sous la pluie, lui qui adore ce genre de temps, temps qui n'est pas vraiment fréquent dans le Caire désertique. La Méditerranée est imprévisible, mais si gracieuse. De jour, l'eau y est d'un vert émeraude. J'ai toujours préféré les paysages urbains bordés d'eau que les plages désertes. Je suis définitivement une fan finie de villes. Elles me parlent, elles me racontent des histoires. Je reviendrai à Alexandrie dès que je le pourrai, évidemment.

Je veux en profiter pour vous raconter l'histoire de la bombe.
Parce que ça m'a assez impressioné.
Nous étions en train de  boire un latté au Cinnabon, en face de la bibliothèque, un soir brumeux. Hend est sortie sur la terrasse prendre deux secondes d'air salin. Elle est revenue illico en scandant dans le café avec un gros cheese dans la face: "hey, il y a une bombe là-bas!"
Nous, de nous précipiter sur la terrasse pour voir. Comme nous avions une vue en hauteur, nous pouvions clairement voir l'escouade anti-bombe et la police au loin, qui avaient au loin fermé la rue pour désamorcer la bombe.
Par la suite, nous avons su que c'était une fausse alarme. Une fausse bombe.  Mais quand même, ça m'a saisi parce que les gens, au lieu de rentrer chez eux, sont retournés terminer leur café. Certains ont marché jusqu'à la barrière pour prendre un Selfie avec l'escouade. J'ai eu l'impression que ce n'était pas très stressant pour les gens de la place. Que c'était "business as usual", comme on dit. Je m'attendais à un chaos fou, mais non. Tout le monde est resté calme et a recommencé son blablabla à propos du dernier film d'un tel, de tel nouveau restaurant, de la fois où un tel est arrivé en retard, etc.
La vie continue, quoi. La vie avec les bombes et un peu (beaucoup) de ce chaos soudain qui rappelle que ce pays est toujours en crise politique.
Je suis contente de voir la vraie Égypte avec ses hauts et ses bas. Toute nue.

Je suis contente de constater que ce que j'en savais de par la télé n'est pas vraiment réaliste. Non, ce n'est pas la guerre civile. Oui, il y a des problèmes. L'Égypte se fait violence à elle-même, en quelque sorte.
Comme j'ai de vrais problèmes de connexion, j'ai de la misère à vous écrire souvent.
L'envoi de photos tient du miracle!
En espérant  que celles que je viens de vous télécharger vous trouveront.
Aujourd'hui,  je suis de retour au Caire. La tempête de sable s'est calmée et la vie reprend son cour, au rythme du Nil.
Ce soir Hend et moi sortons à Nile City avec mon ami Tamer pour souper tranquillement. J'ai bien hâte de le revoir. Yay!  Revoir un ami, c'est toujours un petit miracle de la vie, surtout lorsque l'on vit si loin l'un de l'autre. Je ne peux m'empêcher à chaque fois de penser: "Et si c'était la dernière fois?"
On dirait que ça fait des siècles que je ne l'ai pas vu.
Je vous reviendrai après! Lol Vite je dois y aller! Avec tout ce trafic, vous savez ...
Bonne journée les amis!


Coucher de soleil alexandrin

Tamer et moi à Nile City : retrouvailles de deux partenaires de magasinage lol
Vue sur le Nile depuis Nile City
Saucisse de riz parfumé. On utilise le boyau, comme pour une saucisse à la viande,
mais on la farcie autrement

Dalia et moi :)
Vue sur la Citadelle d'Alexandrie depuis la Corniche
La fameuse bombe! Les lumières au loin, c'est l'escouade anti-bombes
Alex déchaînée
Le calme avant la tempête à Alexandrie
Petit tour de vieux tramway avec Hend
Dalia dans le tramway
Moi sur mon balcon, avec vue sur la Corniche

Mohamed joue au photographe professionnel avec Heba
On attend Mohamed, qui est en retard! On veut partir, bon! :D
Pas pire spot pour attendre Mohamed, par contre,
Tu vis au sixième? C'est comme ça que tu descends des trucs si tu veux pas te
taper les escaliers
On redonne les clés de la porte d'en bas et hop!
Alexandrie
Malak et moi on joue. Elle me fait à manger et moi je mange.
Balade en tuk tuk. OMG le trafic lol
Spectacle Sons et lumières aux Pyramides de Giza
Fast food égyptien appelé Kochary: pois chiches, lentilles, pâtes, riz, vermicelles,
sauce tomate, sauce à l'ail, huile pimentée et des oignons frits
Tajine de boeuf, poulet grillé, riz à la cannelle, queue de boeuf et salade sauce au yogourt
Hend est capable de parquer son char de même. LOL
Les rues locales
Je suis la darling de la belle Malak. Ici elle pose,
enroulée dans mon foulard!
La belle Mariam, qui a voulu se faire voiler comme sa tante, prend la pose héhéhé
Les jumelles Heba et Hoda
Du thé noir et de la menthe fraîche.
Y'a pas meilleur thé que celui avec la menthe fraîche dedans.
konafa au Nutella et autres délicatesses
Shish taouk, Fayrouz, soupe, moussaka, pain plat, riz parfumé et salade
Il vente tellement à Alex qu'on va s'envoler. Je commence à avoir les cheveux
pleins de sable
Une checha à la pêche à Dokki
Trop de vent, trop de sable... Vive le voile!
selfie d'une gang en congé : Mohamed, Hend, moi, Hoda et Dalia
Hoda, moi, Hend et Dalia en tramway
Walking tour de Cairo Urban Adventures. Hend est la guide aujourd'hui et
j'accompagne le groupe.
Cuisson des délicieux falafels égyptiens, si croustillants et moins lourds que ceux du Liban!

Vue sur le Nil

Hend et moi à Place Tahrir

Art de rue révolutionnaire: Perdre un oeil, c'est peut pour gagner sa liberté

Art de rue révolutionnaire

Art de rue révolutionnaire

Art de rue révolutionnaire: Qui peut vraiment compter sur la police et l'armée,
qui tuent au hasard au gré des jours?

La double vie policière: On tend des roses et on crève des yeux

Le Frère Musulman dit vouloir protéger les femmes mais dans le fond, leur esprit est
remplie de pensées décadentes (le front de l'homme est constitué d'un corps nu de femme et son sourcil d'un pubis)

Media Whore. La pute médiatique, qui change d'opinion au gré des gouvernements et
se tient du côté du pouvoir et non du peuble.
 

dimanche 8 février 2015

En Égypte on fait comme les Égyptiens



Je suis en Égypte depuis quelques jours déjà. Je passe de belles vacances, mais au rythme égyptien.

Oui, en Égypte on fait comme les Égyptiens. On s'y habitue vite en plus.
Il faut comprendre qu’ici, ils n’ont pas du tout la même notion du temps que nous. Les gens se couchent tard, peu importe à quelle heure ils travaillent le lendemain, ils mangent tard; l’heure du lunch, c’est pratiquement notre heure de souper. Les gens arrivent à n’importe quelle heure à la maison… C’est normal d’appeler quelqu’un à 11 heures du soir. 
Et c'est aussi normal que je ne dorme pas avant 3 heures du matin depuis que je suis ici. J'ai beau essayer, ça ne fonctionne pas du tout. 
Oui, l’Égypte, c’est tout cela. Et aussi c'est la folie du trafic. Je vais vous mettre des photos dès que je le pourrai, car la connexion internet est trop lente présentement pour que je puisse faire des uploads. Je vous le jure; je suis allée en Inde déjà, et le trafic du Caire est tellement pire. C’est incomparable. Comme en Inde, il y a des tuk tuks, mais les chauffeurs sont plus frondeurs que ce que j’ai vu en Inde. Je n’ai jamais vu autant de véhicules conduire en sens inverse de toute ma vie! Je comprends pourquoi ça kaxonne 24 heures sur 24, maintenant.
J’ai eu la chance hier d’aller me promener en ville. La balade partait de Zamalek, près du nouvel opéra, et se terminait au centre-ville, aux alentours de Talaat Harb. On a traversé le Nil, nous avons bifurqué par la Place Tahrir, celle que toutes les télés du monde ont montré pendant la révolution de 2011, puis le renversement de Morsi. C’est un grand square très « à l’européenne », bien gardé, mais présentement calme. Outre la journée d'aujourd'hui pendant laquelle 19 personnes sont décédées lors d'une émeute dans un stade (typique histoire de hooligans), je m’attendais à tomber dans un chaos pas possible en arrivant ici, dsns oays, compte tenu de ce qui avait été diffusé dans les médias, et pourtant  je ne trouve à nulle part les images qui ressemblent à ces reportages. Ça me trouble un peu. Je me demande jusqu’à quel point les médias utilisent les images adéquates lorsqu’elles rapportent la nouvelle. Je suis perplexe.

Hend m’a expliqué les débuts de la révolution. Tout a commencé tout petit tout petit, lorsqu’un homme est disparu et qu’une semaine après, sa famille fut contactée pour qu’on récupère son corps dans un poste de police. Même si on tentat de convaincre ses proches que c’était une affaire de drogue, personne n’en crut un mot, connaissant bien le gars en question. Ça ressemblait plutôt à un abus de pouvoir ayant mal tourné.
La famille, enragée, créa donc aussitôt  une page Facebook, en invitant les gens à aller manifester sur Tahrir contre la police à une date précise (le Jour de la Police, justement), pour contester ces abus très fréquents. Quelques centaines de personnes s’y présentèrent, et décidèrent de ne pas bouger d'un poil, lorsque la dite police tenta de les disperser sans foi ni loi. Des gaz lacrymogènes et autres armes furent utilisées contre eux, bien évidemment, pour qu’ils bougent du square... Ce qui enragea beaucoup de gens. D’autres groupes décidèrent à ce moment de se joindre à eux avec leurs propres revendications  et de dormir sur Place Tahrir, et ainsi de suite. Chaque  groupe avait ses demandes: du pain. De l'emploi. De la transparence. Les demandes augmentaient  au fur et à mesure qu’on refusait de les écouter, et culminèrent un peu plus de deux semaines plus tard avec des millions de gens dans les rues et la démission du président Hosni Moubarak.
Alors voilà. L’armée s’emparra du pouvoir, puis des élections démocratiques furent organisées un an plus tard. Comme deux candidats seulement furent retenus, dont l’un était un ancien haut placé  de l’administration Moubarak, un gros vote de contestation amena Mohamed Morsi (appartenant au groupe radical des Frères Musulmans) au pouvoir, contre toutes attentes.  Cependant, après une année de reigne peu concluante et remplie de déception (Morsi mêlant religion et État sans écouter le peuple), une très grande marjorité d’Égyptiens ressortirent sur Place Tahrir et l’armée, asservie à un peuple très bruyant, renversa le président. C’est maintenant l’ancien chef de l’armée qui est au pouvoir. Il a été élu démocratiquement par une grande majorité de voix.

Et c’est présentement le statut quo en Égypte.
Voilà. Ça prendra vingt à trente ans pour voir le fruit des résultats de cette révolution… si le nouveau pouvoir y met du sien. En attendant, la scène politique égyptienne vit des hauts et des bas.
Pour votre info, cependant, ce qui se passe dans le Nord Sinai n’a rien à voir avec la révolution. Il s’agit de problèmes liés à des groupes terroristes, maintenant affiliés à l’ISIL. Ces groupes s’en prennent principalement aux policiers et à l’armée dans le secteur, et c’est très très loin, près des frontières Palestino-Israéliennes.

Attention : je ne prétends pas dans ce billet que l'Égypte n'a pas de problèmes. La violence  est là, comme dans tout pays en reconstruction. Mais cela dit, les images et les mots choisis par les médias ne se retrouvent pas sur ma route, et ce, malgré  que je sois en zone urbaine  très populaire.

Après Place Tahrir, nous sommes allées au centre-ville. Hend m’a parlé du code vestimentaire musulman. Elle me racontait que les femmes d’aujourd’hui cherchent à être modernes et fidèles aux principes religieux en même temps. Il existe toute une mode du hijab et des vêtements dits « conçus pour la femme musulmane », et plusieurs robes noires dont on parle tant sont signées Gucci et Chanel. C’est impressionnant.

Hend me parle aussi de féminisme. Elle me mentionne le nom d’une femme, Hoda Shaarawy, une des premières féministes du monde arabe et musulman, qui a organisé une énorme manifestation contre l’occupation britannique, dans l’Égypte de cette époque. Elle a aussi été la première femme a retirer son voile en public, clamant que le voile, elle le porterait si elle le voulait. Plusieurs femmes l’appuyant, ce geste s’est par la suite reflété dans la culture, qui a accepté ce fait. Hoda Shaarawy a aussi été la première à ouvrir une école pour femme focalisant sur l’écriture, la lecture et les mathématiques, laissant de côté la cuisine, la couture et autres arts ménagers traditionnels. Grâce à Hoda, les femmes égyptiennes ont eu accès à de l’instruction.

J’ai vraiment adoré ce tour de ville, très instructif. Je ne savais rien de ces informations. C’est fou ce qu’une bonne explication peut aider à voir la vie autrement.

Après, nous nous sommes gâtées. Nous sommes allées voir le spectacle de sons et lumières aux Pyramides, pour bien clore la soirée. C’est très relaxant et agréable. Voir les Pyramides de nuit, c’est une toute autre expérience. La brise était fraîche, peu de touristes (puisque tout le monde a peur de venir en Égypte); c’était juste magnifique, dans le sens le plus gigantesque du terme.

Parfois, on a le droit d’être un touriste normal. Ça fait du bien. Ce pays a tant à donner. C’est incroyable comme il contient de la beauté à l’état brut.

Aujourd’hui, nous avons réalisé le rêve des petits enfants de la sœur de Hend : Hoda. Ils voulaient tant me revoir (héhé) qu’ils harcelaient leur maman. Elle nous a donc invité à prendre le petit déjeuner (type brunch) chez elle, un peu plus loin dans Embaba. Nous y sommes allées en tuk tuk et sommes passées prendre la petite Malak à la garderie. Elle était vraiment contente de nous voir la face et m'a tenu la main jusqu'à chez elle. Après, on a dévordé du foul et des falafels, une combinaison gagnante qui pourrait me satisfaire amplement pendant toute ma vie, sans que je m’en lasse. J’adore tout simplement les falafels égyptiens, ils font fait de fèves, et non de pois chiches, contrairement aux falafels libanais ou d’ailleurs. Ils sont légers, croustillants, et parfumés. On ne peut aucunement s’en lasser et ils se marient très bien au fromage frais, et aux concombres saupoudrés de sumac. 
Au retour à la maison, nous avons eu droit à un autre repas délicieux : poulet pané, citrons confits,  feuilles de chou farcies au riz et de la molhkia, une soupe à base d’une herbe verte que je ne connaissais pas, soupe très gluante, un peu comme du savon à  mains, mais ayant un très bon goût. Une fois la texture assimilée, ça se mange bien. On y trempe le pain ou on en verse sur le riz. 

En soirée, Hend et moi sommes aussi  allées essayer le Trianon, un café de Dokki assez luxueux ancré dans un jardin de ville. Thé vert, gâteau au fromage et aux bleuets, cappucino… Il faisait doux, donc nous nous sommes installées à l'extérieur. Dokki est vraiment mon quartier préféré du Caire, jusqu’à maintenant. Il y a des appartements pour toutes les classes sociales, c’est assez animé et c’est surtout isolé du bruit incessant des grandes routes. J’y vivrais volontiers, si je devais emménager ici.

Demain, nous quittons le Caire pour une escapade urbaine de deux nuits et trois jours à Alexandrie, un lieu que je ne connais pas. Je pars à l’aventure. Hend et moi ne partons pas seules. Sa sœur Heba vient avec nous, de même que la belle Dalia, et Mohamed, bien sûr, le cousin qui suit partout. Nous avons réservé une suite pour les filles et une chambre pour le mec. Les hommes et les femmes non mariés ou qui ne sont pas de la même famille directe ne peuvent aucunement dormir dans la même chambre d’hôtel, en Égypte. C’est carrément interdit par la loi.  Si on laisse la porte de la suite ouverte, Mohamed peut y être avec nous. Mais dès qu’on ferme la porte, il doit sortir. C’est comme ça. Le mâle devra s'éclipser

Je vais essayer de vous écrire de « Alex », comme disent si bien les Égyptiens. Alex en hiver est le comble du romantisme, qu’on m’explique… Il y règne une nostalgie perpétuelle, et j’ai bien hâte de la découvrir.
Ah! Et on mangera des fruits de mer; c’est la place! Yeah!

Bonne nuit tout le monde.
Je ferme boutique.
Et je vous dis ceci en terminant : Ça passe beaucoup trop vite et mon arabe s’améliore… héhéhé. Je suis passée de "mafish" (rien) à trente mots prononcés  tout croches. 
Bonne nuit! 

vendredi 6 février 2015

Balbutiements de vacances en terre d'Égypte

Je suis arrivée au Caire le 4 février.
Il faisait 20 degrés celsius, en fin d'après-midi.
Pour une fois, mon vol avec Egyptair était à l'heure, même en avance de vingt minutes!

Je vais vous avouer un truc: Vous m'avez presque eue. Vous avez tant insisté sur le fait que je me garochais dans le trouble tête première en m'en venant en Égypte que j'ai jusqu'à la dernière minute eu un petit doute. J'ai embarqué dans mon avion et je sentais ma patate battre à 100 miles à l'heure. J'ai même eu peur qu'on ne m'octroie pas mon visa à l'arrivée au Caire, c'est d'un ridicule!
Dieu merci, j'ai quand même continué ma route! En sachant ce que je vis maintenant depuis deux jours, j'aurais tant regretté mon coup d'annuler l'Égypte  lors de ces vacances! Donc je ne vous écouterai plus jamais et je vais revenir à ma stratégie de départ: me faire confiance. Après tout, j'ai des amis prudents dans des milieux variés ici, dont celui du tourisme, qui ont été les premiers en toute honnêteté  à me dire,  en 2013, d'annuler billet lorsque deux semaines après mon achat, Morsi a été renversé. Je me rends compte aussi qu'on nous a présenté sans arrêt à  la tivi  un Caire aux airs d'un War Zone. Une vraie zone de guerre sanglante et bourrée  de danger. Ce qui n'est aucunement la réalité. Oui, il y a des problèmes au Caire. Mais c'est une ville de 20 millions en reconstruction. Nous ne sommes pas en Irak ou en Syrie ici.
Il faut en prendre et en laisser.
Et aussi, point important: Je ne suis pas seule; je suis chez une amie, dans sa famille, avec son papa et sa maman, sa soeur...
Donc voilà, j'arrive au Caire, je trouve un standardiste à l'aéroport  pour appeler Hend, car la sécurité aéroportuaire ne permet pas aux visiteurs d'attendre les arrivants à l'intérieur, sauf avec un permis spécial, du moins ces jours-ci. Elle me dit quelle porte utiliser pour sortir de la bâtisse et je la vois qui m'attend de l'autre côté.

Yay! J'y suis!
Elle me raconte rapidement que son cousin Mohamed est dehors dans la voiture, car c'était le chaos dans le stationnement (aucune place libre) et qu'il est donc au volant à tourner autour du bloc comme un damné  jusqu'à s'en trouver un. On retrouve Mohamed qui me le présente  et Hend m'enseigne tout de suite à le traiter de "picky" en arabe, donc de "gosseux", en bon québécois), parce que son auto, c'est son bébé. Il semblerait qu'il a fait une grosse exception aujourd'hui pour venir me chercher à l'aéroport et surtout pour me conduire avec Hend à notre destination finale, le très local quartier d'Embaba, un des plus gros quartiers du Caire, dans lequel il n'y a pas d'étrangers du tout, car les rues pavées y sont rares. héhéhé. Je vais devenir l'extra-terrestre pour deux semaines à  Embaba; je me suis préparée mentalement avec de venir.
J'ai lu sur internet que c'est un quartier rempli de Frères Musulmans, très conservateur, etc. Je vous expliquerai par la suite que ce que j'ai lu et ce que j'y ai trouvé était différent sur plusieurs points.

Je voulais vraiment une expérience locale... Croyez-moi, je l'ai. Bingo! J'suis dedans les deux pieds bien ancrés.

Bon. Avant de parler  d'Embaba, je vais vous parler d'une vieille amie que j'ai retrouvé aussitôt sortie de l'aéroport: Le charmant et si romantique trafic du Caire! Oh ouiii! Vous savez, des gens qui conduisent 8 autos de large... sur un boulevard qui pourrait prendre du 5 de large... Vous savez, des piétons qui traversent à travers ce 8 de large, en zig zags. Des chars qui arrivent en sens inverse sur la voie. Du klaxon incessant. Ça sait klaxonner en Égypte. 20 millions d'habitants au Caire... Vous savez, faut s'armer d'instruments et de tactiques pour se rendre à  destination.

Mohamed est sympathique... je crois. Parce qu'il ne parle pas anglais et je ne parle pas arabe. On se met à rigoler avec Hend comme traductrice, et la conversation birfuque sur Hany, un autre gars de leur gang, que je connais de l'an passé et qui disait en joke être mon mari égyptien. On me dit que Hany s'est financé. Je ris et joue l'offusquée: "Ben c'est ça, c'est mon mari pis il me niaise avec une autre dès que je pars!" Hend rit et décide que Mohamed est mon nouveau mari égyptien. Il ne peut même pas argumenter. Alors elle nous prend en photos Mohamed et moi et envoie ça à Hany par Whatsapp. La photo a quasiment l'air crédible.
Hany a bien ri et à fait semblant  d'être  jaloux. Tout le monde a bien rigolé  en fait. La maman de Hend riait aussi aux larmes  pendant la séance de photos.

Lorsqu'on est arrivé à Embaba, j'ai découvert une autre Égypte. C'est tellement bondé et coloré! Les immeubles sont alourdis par des cordes à linges remplies de couleurs, pas d'asphalte dans les petites rues, il y a une table de billard au coin, en pleine rue, salle de billard improvisée à l'extérieure pour les jeunes. Il y a des fruits, des légumes, du fromage en vente dans des échoppes, du hashish dans les poches des voyoux, une charrette traine de lourds bacs remplis de mélasse devant nous. Des poulets dans des cages. Des abayas en solde, une mosquée  qui crache ses prières, une église  copte qui crache ses prières, des boulangeries. Il y a des petits feux en plein rue. Hend m'explique que les marchards brûlent leurs déchets. Se stationner ici, c'est digne d'un exploit! Mais Hend sait le faire, elle! Je l'ai vue.
Il y a des tuk tuks partout! Hend ricane et me dit que Embaba, c'est la paradis du tuk tuk. C'est plus facile de s'y déplacer en tuk tuk qu'en voiture, compte tenu des énormes nids de poule qui trônent partout. Hend connait tous les nids de poule, alors elle guide "Picky Mo" vers les zones protégées.
Je vois des femmes en noir, comme les Saoudiennes. Je sais que Embaba est une zone plus conservatrice, et que je serai probablement une des rares femmes non voilées ici. Hend répond à mes questions. Elle comprend  que je n'ai jamais rien vu de tel. Je lui demande si  les femmes en noir sont donc très religieuses et elle me répond que non, pas nécessairement. C'est aussi lié à la situation économique. Du moins dans ce quartier. Lorsque les gens sont moins nantis, plus pauvres, c'est bien moins cher d'acheter deux ou trois abayas (robes noires) et de les laver à toutes les semaines que de se garnir un garde-robe entier.  Je n'avais jamais pensé à cela. Vraiment pas. C'est très logique, pourtant.  Il y a donc au moins deux types de femmes en noir. La pieuse et la pauvre.  J'ouvre encore un peu plus mon esprit, pour tenter de comprendre. Je pense que ça fait au moins trois ans que mon esprit est écartelé, mais là, j'ai dépassé le stade du grand écart.

J'aime déjà Embaba. C'est bruyant 24 heures sur 24, que mon amie me dit. Mais j'adore.
Je rencontre la famille. On mange. Mon amie a préparé de la soupe, des shish taouks, de la moussaka, de la salade. J'ai de la bonne Fayrouz juste pour moi héhéhé. C'était vraiment délicieux. Et copieux. Ils ont acheté des tonnes de bouteilles d'eau pour que je n'en boive pas du robinet.

L'appartement est tout petit et je dois apprendre à utiliser la toilette, pour qu'il y ait de l'eau dedans. C'est quand même loin du trou au sol que j'ai vu souvent en Turquie.
Il y a des tapis, des rideaux, peu d'espace pour tout ranger, donc ils font des miracles pour corder leurs biens de façon ordonnée. La cuisine est si petite qu'ils ont installés leur réfrigérateur sur  un balcon. Mais ils ne manquent de rien.
J'ai dormi comme un bébé à travers le bruit incessant. Un magasin dehors fait jouer le Coran à la radio 24 heures sur 24. Des gens parlent sous la fenêtre jusqu'à 4 heures du matin. Mais j'ai dormi. Jusqu'à 11h. Malgré que des travailleurs soient en train de rénover le building et cognaient du marteau depuis 8 heures du mat, qu'Hend m'a dit.
Mon stressé est tombé, donc oui, j'ai dormi. Et ensuite, nous sommes sorties. Nous sommes allées à Dokki, un quartier qu'Hend affectionne beaucoup, pour prendre le thé, luncher, et placoter un peu. Mohamed est venu nous y rejoindre après le travail, mais surtout, la superbe Dalia nous attendait. Dalia est la meilleure amie d'Hend et je la connais par Facebook. Elle parle anglais, car elle est guide comme Hend, donc on a pu communiquer facilement et gros coup de coeur! Boom! Sa personnalité, son look, ses manières... Je l'aime déjà beaucoup trop. Très contente de rencontrer mon amie cybernétique évidemment.  J'ai aussi eu la chance de partager une cheecha (pipe à eau) avec Mohamed. Je ne sais pas si les cheechas d'ici sont plus fortes que celles de Turquie, mais j'ai senti la tête me tourner à la première inhalation héhéhé. Nenon, y'a pas de drogue dedans Mais je ne suis pas une fumeuse et je dois y aller mollo avec les cheechas, pour me pas avoir la chique.
On a bien mangé, on m'a servi du thé à la menthe... Un beau thé bien noir, dans lequel je mets ma propre menthe fraîche, au goût. Ils nous servent carrément la menthe empotée sur la table, et on arrache les pousses que l'on veut.
Puis, début de lèche-vitrine... Y'a du beau linge pas cher! Tout semble à 10 ou 15$ dans les boutiques... et je ne parle pas des marchés, parce que j'ai vu de la chaussure, mes amis! Pour une bouchée de pain!

Hier, soir, Hend a décidé qu'on partait à l'aventure à pieds dans Embaba, à la tombée du soir. Les boutiques sont pleines et les marchés fonctionnent à pleine capacité, le soir.  Je me demandais si je devais porter le voile et Hend se le demandait aussi. On a laissé son père trancher: Il a dit NON. Pas de voile. Pas besoin. J'allais attirer l'attention de toute façon. Donc nous sommes parties à pieds, nous avons vu de belles choses. J'ai décidé que pour cette première fois, je ne prendrais pas de photos, car je ne veux pas que les locaux se sentent comme des animaux de zoo. Je vais tenter d'en prendre de manière plus incognito. Embaba, dans les faits, pourrait être un paradis de la photographie. Ça fait penser un peu à certains quartiers de Delhi, version égyptienne. Certaines personnes tentent de communiquer avec moi. Il se parle peu d'anglais dans ce quartier. J'adore ça.
Dans la rue, il y avait un attroupement devant un salon de coiffure, avec des perscussions et des chants. Hend m'explique qu'une mariée sort du coiffeur. C'est typique ici de l'acclamer à sa sortie comme si elle était une star. C'est très impressionnant pour moi de voir cela. C'est complètement différent de nos traditions.

J'ai bien ri aussi lorsqu'on est passé à côté du kiosque de brassières... Hend me raconte que ce sont des hommes qui habituellement vendent cela, et que lorsqu'un femme n'est pas certaine de la taille, un seul coup d'oeil, sans même enlever les vêtements et ils le savent. Ils ne se trompent que rarement. C'est un drôle de paradoxe de se laisser zyeuter par un vendeur de brassières, lorsque tu es une femme en noir. Ça m'a fait sourire.

Nous sommes revenus en tuk tuk car c'est très "baladi", que me disait mon amie. Baladi, dans ce sens, veut dire local en arabe égyptien. Le chauffeur de tuk tuk a presque perdu connaissance quand il m'a vu monter. Il a posé des questions, il était très très content de voir une étrangère ici et pendand qu'Hend et moi on jasait à l'arrière du tuk tuk, ils nous regardaient dans le rétroviseur... déconcerté. héhéhé. Extra-terrestre, je vous l'ai dit.
Ne pensez pas que je suis en train d'explorer la lune, là. Mais c'est vrai qu'à force d'avoir peur de l'autre, on évite les contacts de base, bien souvent. Et ils me voient comme quelqu'un qui n'a pas peur d'eux et qui n'est pas ici pour témoigner de leur misère et de leurs problèmes. Je les découvre, tout simplement. Dans le respect. C'est des vacances fascinantes qui sont entamées en ce bourg.

On a fini la soirée avec une voisine pro de la danse du ventre venue nous visiter. Aussitôt la porte passée, tombent les voiles, musique "baladi" au max et on se brasse le ventre et le derrière. Une gang de femmes qui boivent du thé, du chocolat chaud et qui dansent. Pas besoin de parler la même langue pour se comprendre... parfois. :)

J'ai aussi une nouvelle amie. Elle est toute petite et s'appelle Malak (ange). C'est la nièce de Hend, dont le surnom est tooti pour la petite. Ça fait deux soirs que j'ai la visite de la soeur de Hend, Hoda, avec ses deux petites filles Malak et Mariam. Comme Mariam est encore trop petite pour comprendre que quelqu'un d'autre qu'elle peut avoir le même nom (parce qu'on me nomme Mariam ici), pour la petite Mariam de deux ans je suis "tante". Alors, hier, lorsque sa mère lui a demandé où elle allait en visite, elle a dit: Chez Grand-maman, grand-papa, tooti, Heba (l'autre soeur de Hoda) et "tante". ahahahaha

Malak, elle est plus vieille et elle cherche à communiquer. Elle est tout le temps collée sur moi, et hier, quand elle s'est fait chicaner par sa mère et ses tantes, elle a dit: je suis fâchée contre tout le monde sauf Marie-Eve. Marie-Eve est ma darling. J'étais vraiment crampée de rire. Je les trouve vraiment adorables... mais croyez-moi, elles déplacent de l'air. Et la plus petite s'empiffre. Elle aime trop manger et a déjà une petite bedaine.

Je suis vraiment en dépaysement total. J'aime beaucoup l'hospitalité égyptienne. Je suis vraiment traitée comme une reine. J'ai beau essayer de participer, etc, c'est pas évident qu'on me laisse faire. J'ai quand même réussi à payer les thés d'hier, mais j'ai dû me battre avec Mo et presque payer en douce.

Je suis toujours aussi mal à l'aise avec l'idée de ne pas payer, après toutes ces années.  C'est comme ça. On ne s'y habitue pas.

Aujourd'hui est une journée familiale. Il y aura donc de la visite ici. Demain, je vais faire une balade en ville pour visiter un peu.
Je vous souhaite une belle fin de semaine!
Il fait 30 degrés aujourd'hui.

mardi 3 février 2015

À moi de moi

Je suis en Turquie.
 J'ai eu de la grosse visite...
Voyez cela, en trois jours:

Jour 1: Emre, mon comparse des tous débuts et prof de turc

Jour 2: mon big boy Erdi, mon ami Yunus et sa belle blonde Nisanur

Jour 3: La belle Emel, que j'aime comme si elle était de ma famille


 J'ai été tellement tellement occupée depuis mon arrivée!
Alors pour le jour 4, c'était le moment idéal pour m'offrir ce dont je rêvais depuis bien longtemps: une journée "à moi de moi". Oui oui, une journée de grosse paresse sale.

Aujourd'hui, pas de visiteurs prévus, pas d'activités obligatoires, pas d'engagements avec quiconque.
Je me lève tard, très tard.
Je m'achète des robes.
Je mange dans des restos de touristes.
Je bois du thé et de la bière.
Je fais de la terrasse.

J'ai de la fatigue accumulée et les vacances, ça sert aussi à chasser la fatigue. Alors chassons la fatigue! Voilà!

S'offrir une journée à soi, c'est se permettre de ne pas rendre de comptes à personne. C'est se permettre de laisser le temps s’égrener sans en faire de cas. C'est apprécier la vie, qu'elle soit dure ou facile.


Se lever tard. Ça veut dire vraiment tard. Comme à midi. Ça c'est vraiment super! C'est même inespéré pour une grande insomniaque comme moi.

On s'habille, on se dit qu'on a faim pour un p'tit truc indécent.  Pas de petit dej, seulement du gras. On prend rapidement le tramway pour descendre à Eminönü. J'ai choisi au hasard, selon le tramway qui passait. J'aurais donc pu me ramasser à Kabatas et avoir une toute autre journée. Il ne faut pas avoir peur du hasard, car il fait souvent bien les choses (qu'on dit!)

J'ai envie d'aller chez LC Waikiki. J'ai pas eu le temps d'y aller, hier, avec la belle Emel. Donc je vais au LC Waikiki près de la Mosquée Vieille Nouvelle. C'est la succursale que je préfère parce qu'on dirait qu'ils ont toujours du stock dans mes grandeurs.
Bingo! C'est plein plein de ce que j'aime... et ils ont reçu une nouvelle collection de bagues fabuleuses.

"À moi de moi" que je disais? Donc je ne vais pas m'en priver. J'achète. C'est 5 fois moins cher que ce que je paierais pour la même chose au Québec. Je me sens donc peu coupable (voir pas du tout!).

Mais ça donne faim.
Alors j'arrête au Bambi Café tout près me tapper une limonade sucrée (full full sucre, là!) et deux islak burgers. Ce sont des pains vapeurs garnis d'une boulette de saucisse épicée et d'une sauce grasse un peu sucrée et un peu tomatée (mais surtout plein d'huile!). Miam miam les islak burgers. C'est la grignotine parfaite pour commencer ma journée dans le péché (islak burgers et dépenses de magasinage).
Et tant qu'à être dans le péché, aussi bien recommencer l'abus de thé tout de suite.
Donc premier thé de la journée.

 islak burgers et limonade de chez Bambi ... Que du gras! Miam!

Après, je retourne à l'hôtel en même temps que le soleil décide de se pointer. Je m'installe donc sur la terrasse, pour profiter de ce pseudo air d'été en hiver. Le soleil me rend joyeuse, tout comme cette belle terrasse du Adora, fraîchement restaurée de l'année dernière. Alors je prend un autre thé. Et un autre. Et un autre. J'engloutis les thés comme des shooters dans un bar.
 le thé du Adora

 Le Adora est mon quartier général. J'y suis traitée comme une reine. 
Non, j'y suis LA reine LOL


Il y a un employé du Adora qui a vécu deux ans et demi au Québec, avant de décider de revenir à Istanbul. J'en profite pour le questionner, curieuse de ses impressions.
Il me répond: "Parce que la vie au Québec, c'est trop plate!" LOL
 Réponse intéressante.
Il continue en me disant: "je ne veux pas offenser ton pays.Vous vivez pour le travail, vous ne travaillez pas pour vivre. Et vous avez peur. Vous avez tout le temps peur. Peur de l'étranger. Parce que votre identité n'est pas claire."

Il me dit ça dans un français, en ajoutant un beau p'tit "tabarnak" bien de chez nous. héhé.

On a peur... C'est ce qu'il dit. Il n'a pas raison sur toute la ligne, mais cependant, il n'a pas tout à fait tort. Il est fort vrai que la quête perpétuelle de notre identité et nos luttes pour sauver notre culture ont créé des barrières entre nous et l'autre. Chaque trace laissée par l'étranger dilue un peu plus notre propre culture d'origine, après tout!
Fort intéressant.

Mais je quitte la terrasse... pour me faire accrocher par Yusuf, à l'intérieur, qui me dit de prendre un thé avec lui pendant qu'il paie les factures.
Un thé...
Ce thé:
Le thé de Yusuf

On bavarde, on rigole. Il me raconte qu'il part en vacances en Bosnie, en Serbie et au Monténégro ce jeudi... 8 jours avec sa blonde.

AVEC SA BLONDE !?!?!?!?

Vraiment ????

" Man, ça ce fait, ça, voyager avec sa blonde, quand tu n'es pas marié, en tant que Turc?"
Lui de sourire et de me répondre, presque en chuchotant: "Ses parents pensent qu'elle part avec une amie. Les jeunes, ici, ils vivent comme ils le veulent bien. C'est leurs parents qui leur bloquent le chemin". 
Tiens tiens...
Un pays qui a l'air moins moderne qu'il ne l'est.
Et lui d'ajouter: "il y a deux Turquies, celle d'ici, plus ouverte, et celle de l'Est. Si ma copine était de l'Est, aucune chance de penser à voyager avant le mariage!".

Je lui parle de la Grèce. Car il me dit qu'il aimerait y faire un voyage de noces. Je lui écris les villes que j'ai préféré. Je lui montre les images sur google. Il prend des notes, en s'appliquant sérieusement. 
J'en profite pour payer ma chambre d'avance. Parce que j'ai toujours peur que ma carte de crédit ne fonctionne pas lorsque je suis pressée.  Je raconte ça à Yusuf.
Il me dit: "Pas grave. Tu reviens le 18. Si ta carte ne fonctionne pas, tu nous paieras à la fin".

What???!!!! Nenon, je paie tout de suite.
Mais tu sais que tu es un V.I.P ou une reine ou les deux, quand le réceptionniste t'offre de différer ton paiement de chambre de deux semaines, sans aucune garantie. Ils n'ont même pas mon numéro de carte pour se prélever eux-mêmes, au cas où je disparaitrais! 
Et c'est pour des détails comme celui-là que je reviens toujours au Adora.Parce que je suis folle de cet endroit!

Puis, je me rends compte que c'est l'heure de souper. Déjà!
J'ai envie d'une salade. Un grosse salade moyen-orientale. Et je sais où ils font de bonnes salades. C'est un resto de touristes, qui coûte cher pour les Turcs. Mais ils ont une salade au fromage Halloumi grillé que j'aime. Vous savez, une salade remplie de couleurs, avec du persil, des graines de sésame grillées, une vinaigrette à la grenade ... Et on arrose ça d'une bonne bière, car ces saveurs s'harmonisent parfaitement. Au diable la dépense! Je me fous de l'attrape touristes. Si je suis capable de payer 10$ pour un bar à salade format repas chez Scores, je suis capable de payer 15$ pour la même chose ici avec une bière. Non mais! Ça me fait cramper, les gens qui tentent à tout prix d'éviter les endroits touristiques! Vivez, ma foi! Ne vous arrêtez pas aux détails.

Pis ma salade? Pas pire hein?

Ne me dites pas qu'elle n'était pas belle et copieuse, ma salade, avec son fromage grillé dans les graines de sésame!
Mais pour couronner le tout, je voulais finir la soirée chez Çigdem. À chaque fois que je viens en Turquie, je vous parle de Çigdem et je vous poste un photo de la même maudite affaire: Ma tarte aux fraises et mon thé (et ouii, du thé!) 
 C'est ma pâtisserie.

C'est chaleureux!

C'est ma place, bon! C'est un délice d'y aller. J'y ai mangé avec Hend, avec Tamer, seule, avec d'autres... J'y amène tout le monde qui se trouve dans le quartier avec moi. Le proprio est trop gentil, et j'ai un grand sentiment de réconfort dès que j'y entre. Dans une journée "à moi de moi", le réconfort, on aime!
Donc je prend le dessert; ma petite tarte bien délicieuse, mon thé bien fort.

Et je retourne à l'hôtel en tram.
Et je passe devant le resto de serveurs-playboys-gigolos à côté du Adora. Le doyen de la gang m'attrape par le bras avant que je ne puisse me sauver et me dit que je lui dois un thé. 
Bon!!!!!!!!!! C'est pas vrai, mais comme ce sont des serveurs-playboys-gigolos, je l'accepte, rien que pour avoir le plaisir de les voir essayer de se pogner des clientes... C'est un spectacle... disons-le, intéressant à voir.
Il me raconte qu'Ersin était bien triste que je n'arrête pas le voir, hier, qu'il est en amour avec moi par dessus la tête, ce Ersin.
LOL à la puissance 10!!!!! Tsé, il me connait full, d'abord.

"Come on! C'est un playboy et je suis mariée... Ah! Et il le sait!" que je lui dis en riant.
OHHHHHH Scandale! LOL
"Tu es mariées!!!!!!!??????!!!!!!"

"Ben oui man, comme si tu ne le savais pas. Pis comme si t'avais une chance, ou qu'Ersin avait une chance", pensais-je.
Je vois Bedi au loin qui me check, depuis la terrasse du Adora, à côté. Il sait que je vais me sauver dans quelques secondes et aller le retrouver, donc il attend. héhéhé. 
Ce que je fais dès mon thé bu.
Et aussitôt, serveur-playboy-gigolo se tourne vers une nouvelle cliente, une Russe cette fois, et recommence son baratin. 

Bedi rit en me voyant la face. 
Il m'installe sur la terrasse et me commande... un thé.
Et il me jase ça au moins une heure et demie. Et me fait un "re-fill" de thé. Et me fait amener un thé... au citron pour me calmer les nerds d'avoir bu tant de thé noir aujourd'hui. :)

On parle on parle on parle. Bedi, pour votre info, c'est un des deux boss. Et c'est un peu à cause de lui que je suis une V.I.P. Il me respecte, donc tout son staff me respecte. C'est un homme d'affaires excellent, très prévoyant, qui gère son personnel d'une main de fer. C'est pour cela qu'au Adora, il n'y a pas de serveurs-playboys-gigolos comme chez les voisins. Ici, ça ne passe juste pas. 
Un employé que je connais c'est fait virer parce qu'il aurait répondu raide à un client. C'est la version que j'ai entendu, en tout cas.
Alors je reste avec Bedi. 
"Ersin serait en pamoison devant moi, à écouter ce crétain", lui dis-je, amusée.
" Bof. Il te connait depuis longtemps. Il devrait le savoir qu'il n'a pas de chance! Mais s'il t'embête, tu me le diras et je vais parler à son boss"...
Héhéhé! 
"Non, tu le sais bien, ils sont inoffensifs. Des grands parleurs.", que je réponds.
Et là, il me dit la phrase qui a fait ma journée, et j'ai ri à en brailler:
"Ils tentent le coup avec les p'tites jeunes, mais ils ne se tapent que des bonnes femmes, en fin du compte". 
OMG! 
Il est temps que je monte me coucher, moi!
Je pars pour l'Égypte demain midi.
À votre lever, je serai déjà en route, Inshallah! 

De retour au Adora le 18!
Et ça me fait déjà plaisir.



lundi 2 février 2015

Et il pleuvait tant!

C'était un de ces matins, après une nuit à ne pas dormir, ayant abusé du thé toute la journée précédente. La théine courrait décidement un marathon dans mon sang et me montait au cerveau.

Alors là, ne pas avoir dormi du tout, c'était galère, lorsque l'on devait se lever tôt.
Je me suis dit que cette journée sentait déjà la nostalgie.  J'avais un paquet à récupérer à la centrale de bus. Une invitée, plus précisément.

La douche, le maquillage, les vêtements, les boucles d'oreilles... On se déguisait, à tous les jours, pour croire qu'on était  différente, qu'on était  unique. On se faisait belle, on se pomponnait et on se faisait un cinéma à soi-même...
Tout ça pourquoi?
Pour rien.
Parce qu'en trente seconde, ma coiffure de star se déferait sous une chute d'eau glaciale. Toute cette pluie! Tout ce vent! La tourmente, j'étais dedans.

Il pleuvait à boire debout, oui. Des cordes. Des pics. Des harmonies. Il pleuvait une cascade complète et de puissants sillons descendaient la côte, dans les fentes de rails du tramway. C'était plus haut que mes chaussures. Mes Hush Puppies en prirent une bonne gorgée.

J'aimais ces déluges. Je les cherchais, même.
Agrippant mon parapluie bien comme il le fallait,  j'ancrais mes pieds au sol pour ne pas m'envoler ou pire encore, glisser comme une pauvre demeurée en bas de la ruisselante rue en pente,  et je pus me rendre saine et sauvé,  mais non pas sans peine, à la station Gülhane, direction Yusufpaşa, pour changer pour le métro d'Aksaray vers Otogar. Mes chaussures glissaient comme des patins sur les pierres dégoulinantes.

Arrivée juste à temps pour accueillir Emel qui débarquait du bus, je decouvris une jeune frmme béate de constater toute cette pluie qui se laissait choir, agaçante, sur son pauvre petit corps déjà traumatisé de cette froideur mouillées, froideur que seule une grosse goutte d'eau qui s'écrassait pouvait contenir.
Oui, il pleuvait tant. Le ciel avait de la grosse pe-peine, c'était d'une éclaboussante évidence.

Les peines de ciel firent remonter les peines de coeur à la surface, comme un débordement d'égoût. Ah! C'était ça, cette odeur de nostalgie! Mon parapluie ne pouvait pas empêcher ces peines d'émerger pour mon amie, et elles lui collaient comme une deuxième  peau tissée d'humidité ambiante.

Que faire en un pareil  temps? Thérapie express... De tous les moyens dont l'efficacité n'était plus à prouver pour faire battre en retraite les élans nostalgiques soudains, le meilleur s'avérait  la recette la plus démontrée,  la plus fignolée, le sacro-saint sérum des capitalistes: le magasinage! Ladies and Gentlemen, get ready for SHOPPING!
Alors magasinage, il y eût ! Il pleuvait tant, je vous l'ai dit. Pas d'autres options possibles. Le destin avait parlé.

Forum Marmara, nous voici, prêtes à chasser le mal à coup de cartes de crédit et de bonnes intentions malgré tout.  Et avec la bouffe.
 Simits, börekler, thés et autres douceurs pour l'âme servirent de placébo, Puis plus tard des pides et le fameux künefe, full full crème, pour qu'il corresponde à une vraie cure de "mangeage" d'émotions brutes.
Et la belle petite nostalgique allait déjà mieux, croyez-le ou non. Ô Miracle!

L'amitié existe pour cela. On peut offrir une épaule confortable lors des jours de pluie. On peut aussi être solidaire et faire quelques achats, pour montrer l'exemple.

On sait que ces journées se termineront noyées par le thé ... et par une autre averse, de toute façon.

dimanche 1 février 2015

Des pequenots et des copains...

Ouais.
J'y suis enfin. Je suis partie le 29 au soir de Mont-Joli, le 30 au soir de Montréal, et arrivée à Istanbul le 31 à 15:55 pile poil.
Mais j'adore la vie d'aéroports...

Même si ces jours-ci, on se croirait à Pequenot Town plutôt qu'à l'aéroport de Montréal. Ouf! Y'a des colons qui peuplent la place!
Tsé c'est la saison du Sud. Et même si vous, voyageurs du Sud, vous comprenez qu'en public on doit rester décent... C'est pas tout le monde qui comprend ce concept. Nenon. Il y a vous, mes chéris, et puis il y a les autres, ceux provenant de la Planète Pequenots. Les colons, bref.

Je vais vous décrire ce que fait un péquenot d'aéroport:

- Ça prend l'avion en pyjama de Noël.  Oui oui, ça fait ça. C'est fou comme il y a beaucoup de gens en pyj dans les avions. Ok, si ton pyj est sobre et décent, ça va. Mais si ton pyj est rouge avec des Mickey Mouse sur ton cul, ça va moins. Surtout lorsque t'es un gars pis que t'as pas mis de boxers sous le dit pyjama. On sait que tu as la patente lousse, tsé. Pas besoin d'être un génie pour le voir.

- Tsé, la gang de 20 personnes qui se sont organisés un trip dans l'Sud, pis qui applaudissent et crient en enregistrant leurs bagages... Tsé, quand toi tu les entends pendant que tu passes la sécurité, donc à 500 mètres de là. La pauvre madame en avant de moi de me dire: "ils sont tous dans mon vol. J'espère juste que pas au même hôtel, parce qu'ils sont pas seulement bruyant, mais sont crissement laids"... Laid voulant dire "attriqués n'importe comment", évidemment!

- Un pequenot du Sud, c'est celui qui fait des jokes à l'agente de bord. Des jokes cochonnes, genre. Il se met dans l'ambiance et pratique sa tactique sur elle avant de s'essayer sur les p'tite Cubaines.

- C'est aussi celui qui perd sa carte d'embarquement entre la sécurité... et la sécurité. C'est à dire: tu l'as dans la main il y a 5 secondes, puis MAGIE! La carte s'évapore.

- Le pequenot Sud, il a un bronzage en canne qui ressemble à un fond de crasse, pis il est dont fier de son beau fond.

Ouais. Je sais. Je juge. J'suis pas fine. Mais croyez-moi, j'en ai vu du monde en pyj descendre  de leur avion, pendant ma charmante attente de 6 heures à l'aéroport PET.

Et si vous êtes comme ce que je viens de décrire, please, ne le dites à personne. On peut avoir du fun dans l'Sud, s'énerver, faire la grosse vie, sans avoir l'air du colon professionnel.  Je vous le jure, ça se fait.

Bon. Donc après avoir affronté cette meute, j'ai pris mon avion à l'heure. Excellent service sur KLM. C'était ma première fois avec eux et j'ai trouvé ça très haut de gamme à comparer à d'autres compagnies. Les vols sont à l'heure, le service impeccable, la bouffe décente, le confort relatif mais c'est déjà mieux qu'American Airlines, etc. J'ai fait un arrêt de 3h30 à Amsterdam, aussi. C'était ma première fois dans cet aéroport et je vous dirais qu'il est mieux que tous les autres, côté facilités pour les voyageurs en transit. C'est tout plein de bars, de boutiques, de restaurants, de spas. Il y a du wifi gratuit et des bornes de chargement pour nos appareils vraiment partout. C'est bondé mais quand même bien organisé.
J'en ai donc profité pour confirmer tous mes tranferts, transports et réservations. Entre autre ma navette entre l'aéroport d'Istanbul et l'Hôtel Adora, car il est inclus si on couche trois nuits ou plus. Ce qui me fait rire, c'est que le réceptionniste du Adora, Yusuf, m'a répondu non pas par courriel mais plutôt par Facebook. Il m'a écrit: "comme tu es sur la route, je me suis dit que tu aurais mon message facebook plus rapidement que mon courriel".  héhéhé. En fait, quand tout le staff d'un hôtel sont tes amis facebook, ça veut dire que tu y vas souvent. Et qu'ils connaissent tes manies et tes habitudes. Yusuf est comme ça. C'est un gentil. Il est du bon côté de la force, lui. Prévenant et attentif.  J'étais bien contente de le revoir.

Donc en arrivant hier soir, j'ai eu le temps de me doucher et de dormir deux heures avant qu'Emre passe me voir. On avait rendez-vous hier soir pour souper et boire un p'tit coup. Il travaillait jusqu'à 17h à Sakarya, mais il a sauté dans un bus pour faire le deux heures de route entre Sakarya et Istanbul pour qu'on puisse se voir. Très gentil de sa part! Et il a réservé à l'hôtel à côté du miens pour qu'on puisse aussi prendre le petit déjeuner ensemble ce matin. Je suis donc partie hier soir à 22h00 avec Emre pour souper sur le pont de Galata, car la vue y est si belle la nuit! Nous avons pris place du côté de la Tour de Galata et de Sülemaniye. Il faisait 14 degrés, donc très chaud pour moi. Je n'ai pas eu besoin de veste du tout. Puis nous avons marché vers un pub pour boire des Efes (bières turques). La bière passait bien, trop bien en fait. Le décalage horaire, la fatigue du transport depuis 36 heures, le trop plein de bonne humeur ont fait que ce matin, je me suis réveillée avec un mal de bloc, comme si je m'étais saoûlée la fraise! Oh la la ! Une fausse cuite, dans le fond! La galère! Emre est arrivé vers 9h30 pour manger avec moi au Adora. Comme mon petit déj était inclus mais pas le siens, il a voulu payer mais le réceptionniste lui a dit de laisser faire. héhéhé. C'est ça être mon invité au Adora. On obtient mes privilèges! Non mais, je me sens tellement chez moi dans ce tout petit hôtel! C'est fou fou fou! Une vraie princesse!

Puis, Emre est parti. Pas le choix! Contente de l'avoir eue pour moi quelques heures. On a tellement parlé! Ça lui fait autant de bien qu'à moi et vous savez, c'est ça l'amitié! On ne peut pas demander mieux que de vrais amis dans le monde. C'est ce qui fait qu'on peut passer à travers tout!

Emre parti, je devais régler le cas de la cuite. J'suis donc retournée me coucher quelques heures (jusqu'à 13h30). Après, j'allais trouver Erdi. On s'était donné rendez-vous à la sortie de la Station du Marmaray de Sirkeci. Ensuite, je devais le suivre, peu importait si c'était jusqu'au bout du monde. Nous sommes allés dans un café de Karaköy. C'est un quartier agréable qui est en train de se moderniser. Il y a 5 ans, il n'y avait rien sauf des immeubles en ruine. présentement, des cafés branchés et abordables naissent de ces ruines et sont tous plus attrayants les uns que les autres. C'est une place cachée de la plupart des touristes. On y découvre donc une jeunesse stambouliote très rafraichissante, cultivée et animée. En plein le genre d'ambiance que j'aime! On s'installe Erdi et moi dans un de ces cafés, puis on commande du café turc, du salep (boisson d'hiver à base de poudre d'orchidée et de cannelle), et des künefe (pâtisseries dont je raffole). On bavarde. Il me raconte son service militaire terminé depuis quelques mois, son nouvel emploi, ses aspirations futures. On parle d'amour, d'histoires de coeur, de nos voyages... Puis, Yunus, le meilleur ami d'Erdi (et mon ami aussi) appelle et décide de venir nous trouver. Il n'est pas loin. Il amènera sa copine Nisanur.
yes yes yes! Je fais d'une pierre trois coups. J'ai Erdi pour moi. Je vais avoir Yunus en même temps et je vais FINALEMENT connaître sa dulcinée. J'avais bien hâte de la rencontrer.
Très belle rencontre, en fait ! Nisa est super. Belle, brillante, intéressée par le monde. Elle travaille dans le monde du textile; c'est un milieu qui va bien en Turquie. Elle a voyagé. Elle me raconte qu'elle part à Amsterdam pour affaires dans une semaine. On commande un nargilé rose et menthe, et des thés. Et encore des thés, puis toujours des thés. On parle beaucoup, on rigole. C'est une belle journée pour faire la grosse vie sale dans un café d'Istanbul. C'est venteux mais on est à l'abri. Les couples amoureux sont là, des fans de foot regardent un match dans le café voisin. La mosquée du quartier fait hurler son muezzin. Je suis ancrée dans cette ville, j'y suis si bien, la magie est restée. C'est à ce moment précis que je me suis rendue compte.
 À chaque fois que j'y voyage, je me dis que je vais m'en lasser. Que je vais finir par aimer d'autres endroits tout autant. Mais non, la magie y est. Le charme y est. Istanbul est comme mon deuxième mari. Je suis mariée à deux amours, mon Éric et mon Istanbul.
Avoir une vie sociale dans cette ville, une vie bien à moi, que je me suis bâtie moi même, sans personne, c'est d'un bonheur pur et complet.
Après, je suis allée avec Yunus et Nisa au Ikea magasiner des chaises pour l'entreprise de textile que sa famille est en train de démarrer. Puis, retour à l'hôtel en métro et en tramway, toute seule comme une grande, car je m'y connais bien, et arrêt au passage acheter un dürüm pour un souper tardif, dans un petit stand de dürüm à 3 livres turques (1.5 $ CAN) fréquenté à 80% par des locaux (merci Ayhan pour cette découverte d'il y a un an et demi). Le propriétaire me connait et il me reconnait à chaque fois. "Je te connais, tu es venue l'an passé!" qu'il me disait encore ce soir.
Voui.
héhéhé.
Ma face leur dit quelque chose, mais mon turc encore plus.
Au retour au Adora, je croise le patron. J'ai eu droit au baise-main, au fameux "bienvenu, content que tu sois arrivée, puis-je t'offrir un breuvage de ton choix, aimes-tu nos rénos et le nouveau restaurant?".

Je les aime tous. Côté service à la clientèle, ils l'ont. Ils me font croire que je suis VIP et ils réussissent très bien.

Alors oui, je flotte dans le gros bonheur! Le temps passe follement. Il me reste deux jours à Istanbul avant de décoller pour le Caire. Demain, la journée est reservée à ma belle Emel. Elle vient me visiter, probablement pour du magasinage. Ça, on aime!  Je vous dirais que j'ai été très paresseuse en utilisant beaucoup l'anglais et peu le turc.
MAIS... demain, pas d'excuses possibles. Emel et l'anglais, c'est incompatible. Donc je vais parler turc, coûte que coûte! Mais ça me convient très très bien.

Özlem, quant à elle, viendra sûrement avec Ayse à mon retour de l'Égypte. Je verrai Ayhan aussi. Et en Égypte, je verrai Tamer, Hend (évidemment) et Gaby! Ça veut dire que je vais presque voir tout le monde! Je me trouve bonne de pouvoir tout planifier de cette manière. Je maximise mon temps et non, je n'ai pas encore pris de photos. Avoir un kodak dans la face à temps plein, ce n'est pas compatible avec les discussions intimes entre amis.  Mais je prendrai des photos quand même, promis :)


Bon Super Bowl à tous!